Fessées, gifles, cris ou menaces… Malgré une loi adoptée en 2019 pour bannir les violences physiques et psychologiques dans l’éducation, ces pratiques restent profondément ancrées dans les foyers français. Six ans après l’entrée de cette « interdiction » dans le Code civil, les associations tirent la sonnette d’alarme : les mentalités, elles, n’ont pas vraiment évolué. La loi n°2019-721 précisait pourtant que l’autorité parentale devait s’exercer « sans violences », qu’elles soient physiques ou morales. Mais derrière cette avancée symbolique, aucune sanction. Résultat : les violences éducatives ordinaires — ou VEO — continuent de rythmer le quotidien de nombreux enfants. Et les derniers chiffres ne sont guère rassurants.
Des coups, encore trop banalisés
En 2024, d’après un baromètre de la Fondation pour l’enfance, 81 % des parents avouaient avoir eu recours à une forme de violence éducative dans la semaine précédant l’enquête. Une proportion en hausse par rapport à l’année précédente. Fessées, bousculades, gifles : ces gestes ne sont pas marginaux. Près d’un quart des parents reconnaissent avoir donné une fessée, 21 % ont bousculé leur enfant et 16 % lui ont asséné une gifle. Les perceptions évoluent, certes, mais lentement. Si une majorité de Français considère désormais qu’un coup porté est une violence, ils sont de moins en moins nombreux à juger les cris comme tels. Et surtout, une partie de la population perçoit encore la loi de 2019 comme une intrusion dans la sphère privée — 60 % des parents selon le sondage.
Un cadre flou, des repères qui vacillent
Les récentes polémiques n’aident pas à clarifier le message. Relaxes judiciaires s’appuyant sur un prétendu « droit à la correction », déclarations politiques en faveur des gifles éducatives, critiques simplistes contre l’éducation positive : pour les associations, ces discours brouillent la compréhension de ce qu’est une éducation non violente. Joëlle Sicamois, de la Fondation pour l’enfance, rappelle qu’interdire la violence ne signifie pas supprimer les limites. L’absence de punition physique n’est pas synonyme de laxisme. Au contraire, c’est toute une approche fondée sur le respect et l’écoute qui est à construire. Mais cette transition peine à se concrétiser, faute de volonté politique forte, de campagnes de sensibilisation claires, et de moyens suffisants pour accompagner les familles. Pendant ce temps, des enfants grandissent encore sous la menace d’un « ça va partir », dans une société qui tolère trop souvent qu’on éduque par la peur.