L’Université américaine de Bagdad (AUB) a célébré samedi la remise des diplômes de sa toute première promotion, sur un campus chargé d’histoire : l’ancien palais al-Faw, construit par Saddam Hussein dans les années 1990, devenu aujourd’hui un symbole de renouveau éducatif au cœur de l’Irak. L’événement, chargé d’émotion, marque un tournant pour l’enseignement supérieur dans le pays, longtemps éprouvé par la guerre et l’instabilité.
Trente-huit étudiants — 20 hommes et 18 femmes — ont reçu leurs diplômes lors d’une cérémonie solennelle, en présence de responsables politiques, de familles et de membres du corps enseignant. Les diplômés ont étudié l’administration des affaires, les sciences et les humanités, dans une institution fondée sur le modèle des universités libérales américaines, prônant l’ouverture intellectuelle et les standards internationaux.
Le président de l’université, Dr Michael Mulnix, a rappelé le chemin parcouru depuis son arrivée en 2018. « À l’époque, le campus ne ressemblait en rien à ce qu’il est aujourd’hui », a-t-il confié. « Les années de guerre et de négligence avaient laissé les infrastructures en ruines. Aujourd’hui, nous sommes fiers de disposer d’un établissement académique d’exception, à but non lucratif, parmi les meilleures universités de recherche. »
L’université a été fondée grâce au soutien du puissant homme d’affaires irakien Saadi Saihood, et elle développe désormais des partenariats internationaux avec des institutions de renom, telles que Vanderbilt University, Colorado School of Mines, Temple University, l’Université d’Exeter ou encore Sapienza à Rome.
Pour Saihood, cette première remise de diplômes est « un moment symbolique » qui atteste de la solidité et de l’avenir durable de l’établissement. Il a reconnu les difficultés économiques auxquelles les jeunes diplômés irakiens sont confrontés, notamment le manque de débouchés dans le secteur public, mais a insisté sur les compétences d’adaptabilité et d’initiative inculquées aux étudiants, préparés à réussir dans le secteur privé ou comme entrepreneurs.
Malgré une amélioration de la sécurité ces dernières années, l’Irak reste confronté à une fuite des cerveaux massive, nombre de jeunes choisissant l’exil pour accéder à de meilleures opportunités. Pour Mohammed Baqir, diplômé en administration des affaires originaire de la province de Nadjaf, l’AUB représente un espoir. « Le futur en Irak n’est pas facile. Nous avons tous des inquiétudes », a-t-il confié. « Mais ici, nous avons déjà reçu des offres d’emploi, surtout dans le privé. Mon éducation m’a coûté environ dix millions de dinars irakiens, mais c’était un investissement vraiment précieux. »
Avec cette première cérémonie, l’Université américaine de Bagdad affirme sa volonté de s’imposer comme un acteur incontournable de la transformation éducative et économique de l’Irak.