Fuir les écoles américaines : face à la peur et à l’incertitude, des familles immigrées repartent dans leur pays
Fuir les écoles américaines : face à la peur et à l’incertitude, des familles immigrées repartent dans leur pays

DENVER — Deux ans après avoir traversé des milliers de kilomètres pour offrir une éducation américaine à leurs enfants, José Alberto González et sa famille ont quitté les États-Unis. Le rêve d’un avenir meilleur s’est effondré sous le poids de la peur, de la surveillance accrue et de la menace constante d’expulsion.

Comme beaucoup d’autres familles immigrées, les González ont initialement misé sur l’école publique américaine pour garantir à leurs enfants un apprentissage de l’anglais et une ascension sociale. Mais face à la montée des pressions migratoires, à des rumeurs d’opérations d’immigration dans les écoles, et à la suppression récente du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants vénézuéliens, ils ont choisi de rentrer volontairement au Venezuela.

Leur histoire reflète un phénomène grandissant : des familles migrantes, venues aux États-Unis pour scolariser leurs enfants, repartent vers leurs pays d’origine, souvent dans le silence et l’anonymat. Certaines alertent les écoles de leur départ, d’autres préfèrent se fondre dans l’ombre jusqu’à la dernière minute. Le gouvernement Trump, par le biais de pressions, d’incitations financières et d’un discours durci, encourage ces retours dits « volontaires ».

À Denver, les données scolaires révèlent une chute notable de la fréquentation dans les écoles accueillant des enfants récemment arrivés. Entre février et mars, certains établissements ont perdu jusqu’à 4,7 % de leur taux d’assiduité. Au moins 3 323 élèves ont été désinscrits depuis le début de l’année, soit près de 700 de plus que l’année précédente à la même période. Les autorités scolaires peinent à expliquer cette hausse.

L’impact de ce phénomène dépasse le simple cadre familial. Pour les écoles américaines, dont le financement dépend du nombre d’élèves inscrits, ces départs massifs mettent en péril leur stabilité budgétaire. Marguerite Roza, experte en finances scolaires, souligne que chaque élève représente une source de financement étatique, local et fédéral. « La perte d’un nombre significatif d’élèves immigrés, c’est une perte de fonds. C’est un risque réel. »

Dans plusieurs États, des familles se préparent activement à partir : démarches consulaires pour obtenir des passeports pour leurs enfants nés aux États-Unis, retrait des enfants de l’école, recherche de moyens de transport vers le sud. À Bellingham, dans l’État de Washington, deux familles sont récemment retournées au Mexique après qu’une descente de l’immigration a visé un chantier de toiture employant les pères.

Le retour au pays, souvent perçu comme un échec du projet migratoire, est pourtant devenu pour certains la seule option viable. González, désormais rentré au Venezuela, conseille depuis son pays d’origine des familles inquiètes restées aux États-Unis. Il leur recommande d’économiser l’argent nécessaire et de partir discrètement, sans passer par les programmes de retour financés par l’administration Trump, qu’il juge risqués.

Pour beaucoup, rester, c’est désormais vivre reclus, dans l’angoisse permanente de l’arrestation. Partir, c’est fuir cette peur, même si cela signifie renoncer à un avenir espéré pour leurs enfants. « Je ne veux pas être traité comme un délinquant », dit González. « Pour Trump, je suis un criminel parce que je suis vénézuélien et que j’ai des tatouages. »

À mesure que les politiques migratoires se durcissent, les écoles américaines deviennent malgré elles un thermomètre de cette tension — désertées par ceux qui, hier encore, les considéraient comme un havre de progrès.

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