En Corse, l’école en première ligne contre la mafia
En Corse, l’école en première ligne contre la mafia

Dès la rentrée 2025, les collégiens et lycéens corses auront droit à des cours « antimafia », une première en France. Derrière cette initiative inédite, l’académie de Corse entend répondre à une réalité insulaire marquée par la criminalité organisée, en instaurant seize heures de sensibilisation de la 4e à la Terminale. En 2024, l’île a enregistré 18 homicides et 16 tentatives pour seulement 355 000 habitants, un record national. Ce climat de violence n’épargne pas la jeunesse. Pour Léo Battesti, du collectif Maffia Nò, A Vita Iè, il est urgent d’agir : « La jeunesse est majoritairement saine, mais traumatisée. Il faut briser la fascination pour le voyou et recréer une culture du respect de la vie. » Le dispositif prévoit des interventions de magistrats, de policiers, de membres de collectifs antimafia et peut-être même de repentis. Objectif : démystifier l’univers mafieux, éveiller les consciences et redonner aux jeunes une confiance en l’avenir. Ce type de programme, inspiré de l’expérience sicilienne, avait été adopté à l’unanimité par l’Assemblée de Corse en février dernier.

Une jeunesse prête à entendre

Du côté des élèves, l’idée est plutôt bien accueillie. « La mafia, on en entend parler, mais on ne sait pas vraiment ce que c’est », explique Livia, 15 ans, qui espère que ces cours aideront aussi à réduire les violences ordinaires en milieu scolaire. Ce programme s’inscrit dans un effort plus large impulsé par l’État : après sa visite à Ajaccio, le ministre de l’Intérieur a annoncé la création d’un pôle dédié à la lutte contre le crime organisé, confié à une soixantaine de magistrats. Mais c’est dans les salles de classe que pourrait bien se jouer, à long terme, la reconquête des esprits. Car selon les initiateurs du projet, c’est dès l’adolescence que se forgent les choix décisifs entre légalité et dérive.

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