Épargne réglementée : les taux du Livret A et du LEP reculent à partir de février 2026
Épargne réglementée : les taux du Livret A et du LEP reculent à partir de février 2026

Le mouvement se confirme, sans être brutal. En novembre, les encours du livret A ont de nouveau reculé, signe que les Français continuent d’arbitrer leur épargne sans pour autant se remettre à consommer massivement. Selon les chiffres publiés par la Caisse des dépôts, les ménages détenaient 438,9 milliards d’euros sur leurs livrets A à la fin du mois, soit 800 millions d’euros de moins qu’en octobre. Une baisse modérée, mais révélatrice d’une tendance de fond. Le même phénomène s’observe sur le livret de développement durable et solidaire. Avec 161,8 milliards d’euros d’encours, le LDDS affiche un repli d’environ 300 millions d’euros sur un mois. Ces deux produits réglementés, longtemps plébiscités comme refuges face à l’inflation et à l’incertitude économique, semblent progressivement perdre de leur attrait relatif. Pour autant, il serait erroné d’y voir un relâchement général de l’épargne. Les Français continuent de mettre de côté à un niveau historiquement élevé. D’après les dernières données de la Banque de France, le taux d’épargne atteint 18,7 % du revenu disponible, un niveau qui reste exceptionnel. La différence tient moins au volume global qu’à la nature des placements choisis.

La baisse des taux fragilise les livrets réglementés

L’une des clés de lecture réside dans l’évolution des rendements. En 2025, les taux d’intérêt des livrets réglementés ont été progressivement abaissés, sous l’effet du ralentissement de l’inflation qui entre dans leur formule de calcul. Après avoir affiché 3 % en début d’année, le livret A et le LDDS ont vu leur taux ramené à 2,4 % en février, puis à 1,7 % à partir du mois d’août. Une érosion qui a mécaniquement réduit leur compétitivité face à d’autres produits financiers. Les projections pour 2026 accentuent cette dynamique. En l’absence de surprise inflationniste, le taux du livret A pourrait encore être abaissé à 1,5 %, voire 1,4 %, dès février. Une décision qui, même si elle reste formellement du ressort de Bercy, pèserait davantage sur l’attractivité de l’épargne réglementée. Le ministère conserve la possibilité d’accorder un coup de pouce politique, comme cela a déjà été le cas par le passé, mais rien n’indique à ce stade qu’un tel arbitrage soit privilégié. Dans ce contexte, les ménages ne retirent pas leur argent pour le dépenser, mais pour le redéployer. La Caisse des dépôts l’indique sans détour : le grand gagnant de l’année 2025 est l’assurance-vie. Son encours a atteint environ 2 100 milliards d’euros à la fin du mois d’octobre, en progression de 6,5 % sur un an. Ce placement bénéficie à la fois de rendements redevenus attractifs sur certains fonds et d’une image de produit plus flexible pour gérer l’épargne à moyen et long terme.

Une épargne qui se recompose, sans se dissoudre

Cette recomposition ne touche pas tous les livrets de la même manière. Le livret d’épargne populaire, réservé aux ménages aux revenus modestes, fait figure d’exception. En novembre, son encours a progressé de 200 millions d’euros pour atteindre 80,9 milliards d’euros. Son taux, fixé à 2,7 %, reste nettement supérieur à celui du livret A, ce qui continue de renforcer son attrait pour les foyers éligibles. Au total, les chiffres de novembre dessinent un paysage contrasté. Les livrets A et LDDS ne sont plus les placements réflexes qu’ils ont été lors du pic inflationniste, mais ils demeurent massivement utilisés. Leur légère érosion traduit surtout une recherche de rendement dans un environnement où l’inflation ralentit, sans que la confiance des ménages dans l’avenir soit pleinement restaurée. L’épargne reste abondante, mais elle change de visage. Les Français ne désertent pas les produits financiers, ils les arbitrent. Ce mouvement prudent, loin d’un décrochage brutal, illustre une économie encore marquée par l’incertitude, où la sécurité reste recherchée, mais plus à n’importe quel prix.

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