PERTH — L’assemblée générale annuelle du géant australien du gaz Woodside Energy a été fortement perturbée jeudi par des militants écologistes, qui ont crié, sifflé et hué la direction de l’entreprise, dénonçant ses projets gaziers et ses engagements jugés insuffisants en matière climatique. La directrice générale Meg O’Neill a été interrompue à plusieurs reprises alors qu’elle s’adressait aux actionnaires à Perth, poussant les organisateurs à suspendre temporairement les débats.
Alors que Meg O’Neill évoquait la contribution de Woodside à la sécurité énergétique et à la décarbonation, des manifestants se sont levés en scandant « Vous devriez avoir honte ! ». Le bruit a été tel que la société a tenté de le masquer en diffusant des vidéos promotionnelles, notamment sur son partenariat avec un club de football australien. « Nous avons encore beaucoup de vidéos de ce type que nous pouvons diffuser », a ironisé O’Neill. Le président Richard Goyder a qualifié ce comportement d’« inutile ».
Les critiques n’ont pas été le seul fait des manifestants. Plusieurs fonds d’investissement influents, dont les australiens HESTA et Aware, ainsi que le norvégien Storebrand, ont voté contre la réélection d’Ann Pickard, présidente du comité de surveillance des risques climatiques, jugeant la stratégie climatique de l’entreprise inadaptée. Résultat : 19,45 % des actionnaires ont rejeté sa réélection, un record selon le Centre australasien pour la responsabilité des entreprises.
À l’extérieur de la réunion, des militants de groupes tels que Greenpeace et Go Beyond Gas ont également manifesté, reprochant à Woodside son projet d’extension du North West Shelf, menaçant selon eux des sites d’art rupestre aborigènes à Murujuga et des habitats marins sensibles. Ils ont également dénoncé l’approbation récente d’un mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL) de 17,5 milliards de dollars en Louisiane, qui devrait porter la production totale de GNL de l’entreprise à 24 millions de tonnes par an, soit plus de 5 % de l’offre mondiale prévue.
Malgré les engagements répétés de Woodside à réduire ses émissions, les critiques se multiplient quant à son absence de feuille de route crédible pour aligner ses activités sur les objectifs climatiques mondiaux. « Les mesures prises jusqu’à présent ne sont pas à la hauteur », a résumé HESTA dans un communiqué.
Cette nouvelle démonstration de tensions entre Woodside, ses actionnaires et la société civile témoigne de l’intensification des exigences envers les grandes entreprises énergétiques, sommées de jouer un rôle actif dans la transition vers un avenir bas-carbone.