Chômage des jeunes : Bayrou sonne l’alarme, l’État patine
Chômage des jeunes : Bayrou sonne l’alarme, l’État patine

Le constat est brutal, livré en pleine torpeur estivale par François Bayrou lui-même : un jeune sur cinq est aujourd’hui sans emploi en France. Cette statistique glaçante, mise en lumière dans une vidéo diffusée sur YouTube le 6 août, ne vient que confirmer une réalité documentée depuis plusieurs mois. Selon les chiffres publiés par la Dares, le chômage des moins de 25 ans a bondi de 15,1 % en un an, bien au-delà des hausses enregistrées dans les autres tranches d’âge. Si le Premier ministre parle de « scandale », c’est qu’il sait que cette génération, censée incarner l’avenir, se retrouve à caler dès les premiers tours de roue. Face à cette urgence, l’exécutif évoque des solutions… mais repousse les décisions concrètes à plus tard.

Des jeunes écartés dès la sortie des études

Derrière les chiffres bruts, une trajectoire cassée pour une part grandissante de la jeunesse française. À la mi-juillet, un communiqué conjoint des ministères du Travail, de l’Éducation et de la Jeunesse tirait la sonnette d’alarme : près de 1,4 million de jeunes âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Les fameux « NEETs » échappent aux radars des politiques publiques, malgré les programmes successifs et les promesses renouvelées. Le document ministériel pointe du doigt une série de causes profondes : méconnaissance des débouchés professionnels, survalorisation de la formation théorique, éloignement persistant entre les dispositifs publics et les besoins concrets du marché du travail. L’État reconnaît par ailleurs que ses propres outils manquent de coordination. Un aveu d’impuissance qui fait désordre au regard des ambitions affichées. Ce décalage entre discours et action se retrouve dans le « plan d’urgence » évoqué par Bayrou. En réalité, il ne s’agit pour l’instant que d’une liste de onze pistes, soumises au Conseil national pour l’emploi. On y trouve des intentions louables mais vagues : enrichir les bases de données Inserjeunes, mieux orienter les lycéens professionnels, développer des formations en alternance ou encore assouplir les règles encadrant le travail étudiant. D’autres mesures paraissent directement recyclées du plan « Un jeune, une solution » déjà mis en œuvre sous le précédent gouvernement. La logique reste la même : saupoudrage d’idées et absence de calendrier contraignant.

Un marché du travail instable et frileux

L’économiste Bruno Coquet, interrogé par nos confrères de La Tribune, rappelle que les jeunes sont les premières victimes des retournements conjoncturels. Embauchés sur des contrats courts, ils sont aussi les premiers à voir leur poste supprimé à la moindre turbulence économique. Selon lui, la hausse actuelle s’inscrit dans un cycle classique : lorsque la croissance faiblit, les jeunes trinquent les premiers. La mécanique est connue, prévisible, mais jamais réellement anticipée. La réponse gouvernementale, elle, oscille entre vœux pieux et technocratie. Task forces, mentorat, parcours intensifs, référentiels de formation pour les conseillers de Pôle emploi… L’accumulation des dispositifs masque mal l’absence d’un véritable cap. Pendant ce temps, des entreprises ferment fautes de candidats, des jeunes déscolarisés décrochent durablement, et l’écart se creuse entre les discours rassurants et le vécu des 18-25 ans. Bayrou promet un électrochoc, mais pour l’instant, c’est surtout le statu quo qui s’installe.

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