Dans une tribune publiée lundi 26 mai 2025 dans Libération, plus de 300 écrivains d’expression française, parmi lesquels Leïla Slimani, Virginie Despentes, J. M. G. Le Clézio ou encore Gaël Faye, dénoncent « un génocide en cours à Gaza ». Ils demandent un cessez-le-feu immédiat, la libération des otages israéliens, celle des prisonniers palestiniens, ainsi que l’imposition de sanctions contre Israël. Un appel solennel qui marque un tournant dans la prise de parole des artistes et intellectuels francophones sur le conflit.
« Notre responsabilité collective est engagée »
Dans ce texte collectif, les signataires affirment ne plus pouvoir se contenter du mot « horreur ». « L’histoire, parfois, nous oblige », écrivent-ils, en affirmant qu’il est désormais nécessaire de qualifier ce qui se passe à Gaza de « génocide », à l’image de ce que font déjà des ONG comme Amnesty International, Human Rights Watch ou la FIDH, ainsi que plusieurs rapporteurs de l’ONU. Ils rappellent que « le mot n’est pas un slogan », mais qu’il entraîne des conséquences juridiques, politiques et morales.
Les écrivains évoquent aussi la mémoire de la poétesse palestinienne Hiba Abu Nada, tuée dans un bombardement en octobre 2023, et s’alarment de l’effacement d’une culture tout entière : « En tuant un écrivain ou une écrivaine, c’est une liberté, un témoignage, une archive que l’on efface. » S’ils précisent que la vie d’un écrivain n’est pas plus précieuse que celle de quiconque, ils insistent sur la dimension symbolique de ces pertes, vécues aussi comme une forme de censure.
Une demande de mesures immédiates
À travers cette tribune, les auteurs affirment que le moment impose de prendre position : « Nous pouvons détourner le regard. Ou bien nous montrer à la hauteur. » Ils demandent la fin immédiate des bombardements, la libération des otages israéliens capturés par le Hamas, ainsi que celle des milliers de prisonniers palestiniens détenus sans jugement. Ils appellent aussi à des sanctions contre le gouvernement israélien, qu’ils tiennent pour responsable de « destructions systématiques de bibliothèques, d’universités, de foyers, de lieux de lecture et d’écriture ».
Ce texte, signé un an et sept mois après la mort d’Hiba Abu Nada, se veut une réponse collective du monde littéraire francophone à ce qu’ils estiment être une « catastrophe humaine et culturelle ». Une prise de position forte, dans un contexte où l’emploi du terme « génocide » devient de plus en plus débattu, y compris au sein des sociétés israélienne et juive.