Cuba : un projet de loi ravive l’espoir des personnes transgenres de changer enfin d’identité
Cuba : un projet de loi ravive l’espoir des personnes transgenres de changer enfin d’identité

À La Havane, Danny Ortiz, un homme transgenre cubain, vit depuis des années avec un prénom qu’il rejette profondément : « Daniela ». Ce prénom, inscrit sur ses papiers d’identité depuis sa naissance, ne correspond ni à son genre, ni à son identité, ni à la personne qu’il est devenu. Mais pour lui et des centaines d’autres Cubains transgenres, une lueur d’espoir se profile enfin.

Un projet de loi récemment présenté à l’Assemblée nationale pourrait permettre à toute personne majeure de changer de prénom et de genre sur ses documents officiels, sans avoir à subir une opération chirurgicale ni à présenter un diagnostic psychiatrique. Une avancée majeure dans un pays où, jusqu’à présent, les démarches pour changer d’identité restaient extrêmement restrictives et bureaucratiquement complexes.

Pour Danny Ortiz, cette réforme serait bien plus qu’une formalité : « Ça me permettrait enfin de vivre en paix avec qui je suis. De pouvoir voyager, étudier, ou simplement aller à la poste sans avoir à m’expliquer », confie-t-il. Comme lui, beaucoup de personnes transgenres à Cuba vivent dans un entre-deux administratif, souvent stigmatisées, parfois discriminées, et toujours invisibilisées.

Ce projet de loi s’inscrit dans un contexte d’évolution progressive des droits LGBTQ+ à Cuba. En 2022, les Cubains ont approuvé par référendum un nouveau Code des familles qui reconnaît le mariage homosexuel, l’adoption pour les couples de même sexe, et le respect de la diversité familiale. Un tournant historique dans une île où les personnes LGBTQ+ ont longtemps été persécutées, notamment durant les premières décennies du régime castriste.

Mais les obstacles restent nombreux. Le changement de genre à l’état civil reste actuellement conditionné à des critères médicaux stricts, et les personnes transgenres sont souvent confrontées à des discriminations dans l’emploi, l’éducation ou le logement. Si le projet de loi est adopté, il pourrait placer Cuba parmi les pays d’Amérique latine les plus progressistes sur cette question, à l’instar de l’Argentine ou de l’Uruguay.

La communauté transgenre cubaine attend donc avec impatience le vote du Parlement, prévu dans les semaines à venir. Pour Ortiz, ce serait enfin la possibilité d’exister légalement sous son vrai nom : « Ce n’est pas une question de caprice ou d’idéologie, dit-il, c’est une question de dignité. »

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