Au Canada, le débat sur l’aide médicale à mourir connaît un nouveau rebondissement avec le combat de Claire Brosseau. L’ancienne humoriste et actrice de 49 ans, diagnostiquée bipolaire et souffrant également de troubles post-traumatiques et d’un trouble du déficit de l’attention, poursuit l’État canadien pour obtenir l’accès à ce dispositif, aujourd’hui refusé aux personnes dont la seule pathologie est psychiatrique.
Depuis 2016, l’aide médicale à mourir est légale au Canada pour les personnes en fin de vie ou atteintes d’une maladie grave et incurable. Une extension aux troubles mentaux avait été envisagée, mais son entrée en vigueur a été reportée à 2027. Le gouvernement estime que le système de santé n’est pas encore prêt pour encadrer une telle évolution.
Claire Brosseau affirme lutter depuis plus de trente ans contre des souffrances psychiques qu’elle juge insupportables malgré de nombreux traitements. Elle dit avoir consulté psychiatres, psychologues et suivi différents programmes thérapeutiques, sans amélioration durable. Selon elle, l’exclusion des personnes atteintes uniquement de maladies mentales constitue une discrimination contraire aux droits garantis par la Charte canadienne.
Avec l’association Dying With Dignity Canada, elle a déposé en 2024 une plainte constitutionnelle visant à faire reconnaître ce droit. Une commission parlementaire canadienne doit examiner en mars la question de l’élargissement du dispositif aux troubles psychiatriques.
En France, les pathologies psychiatriques écartées
En France, le débat sur la fin de vie a récemment franchi une étape avec l’adoption, le 25 février, d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit l’accès à l’aide à mourir pour les personnes majeures atteintes d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, en phase avancée ou terminale, et dont la souffrance est réfractaire aux traitements ou jugée insupportable.
La notion de souffrance exclusivement psychologique a été supprimée du texte. Les députés ont précisé qu’une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas ouvrir droit à l’aide à mourir. De fait, les pathologies psychiatriques comme la bipolarité sont exclues du dispositif, notamment parce qu’elles n’engagent pas le pronostic vital en phase terminale et peuvent altérer l’expression d’une volonté « libre et éclairée ».
Le texte doit désormais être examiné par le Sénat au mois d’avril, avant un éventuel retour devant l’Assemblée nationale. De part et d’autre de l’Atlantique, la question de l’inclusion des maladies mentales dans les dispositifs d’aide à mourir continue ainsi de susciter un débat éthique et juridique particulièrement sensible.