« Jumpers » de Pixar : une fable écolo brillante mais trop démonstrative
« Jumpers » de Pixar : une fable écolo brillante mais trop démonstrative

Avec Jumpers, Pixar tente un pari high-concept : faire vivre une adolescente dans le corps d’un animal pour raconter, de l’intérieur, une bataille autour de la nature. Sur le papier, l’idée est redoutable. À l’écran, le film alterne de vraies fulgurances de mise en scène et des passages plus lourds, comme si l’envie de “bien dire” finissait parfois par étouffer l’émotion.

Un concept réjouissant, une galerie d’animaux très vivante

Le film suit Mabel, une ado dont la conscience est transférée dans un castor afin de comprendre les animaux et de défendre un marais menacé par un projet routier. Le procédé fonctionne immédiatement : Pixar sait créer un terrain de jeu comique dès que le corps, les réflexes et les perceptions changent. La comédie naît des détails, de la maladresse, du décalage entre la pensée humaine et l’instinct animal, et la faune devient un vrai collectif de cinéma, avec des dynamiques de groupe, des peurs, des élans et des contradictions.

Côté version française, le casting vocal apporte une énergie appréciable, avec notamment Mallory Wanecque pour Mabel, Artus et Melha Bedia sur d’autres personnages. Même quand le film force un peu le trait, il garde une vitalité qui le rend souvent très plaisant à regarder.

Un récit parfois prisonnier de ses intentions

Toutefois, Jumpers veut à tout prix expliciter son message. Plutôt que de faire confiance aux images, aux situations et aux choix moraux, le film verbalise beaucoup, insiste, revient sur ce qu’on a déjà compris. Résultat : certaines scènes ressemblent à des “points de passage” nécessaires pour délivrer une morale, au lieu d’être des moments de cinéma qui respirent.

Le conflit central, lui, manque parfois de complexité dramatique. On comprend l’enjeu écologique, on saisit l’urgence, mais la mécanique narrative avance par à-coups : des emballements rapides, puis des explications, puis un nouveau virage. Et surtout, Mabel reste une héroïne attachante, mais le scénario ne lui laisse pas toujours la place d’exister autrement que comme porte-voix du sujet. Quand Pixar est au sommet, il raconte une cause en racontant un personnage ; ici, on a parfois l’impression inverse.

Jumpers reste un Pixar audacieux, généreux, souvent drôle, avec des idées visuelles qui méritent le détour. Mais c’est aussi un film qui se regarde un peu trop parler, et qui perd une partie de sa puissance à vouloir cadrer son propos au millimètre.

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