Alice Odiot et Jean-Robert Viallet plongent dans les coulisses du tribunal de Marseille pour filmer au plus près les comparutions immédiates liées aux stupéfiants. Un huis clos édifiant où se dévoile une société fracturée.
Marseille, théâtre d’une justice d’urgence
Dans Stups, en salles le 1er octobre 2025, la réalisatrice Alice Odiot et son co-réalisateur Jean-Robert Viallet posent leur caméra dans l’un des tribunaux les plus débordés de France. Marseille, ville gangrenée par le trafic de drogue, concentre à elle seule 20 % des affaires de stups du pays, selon les chiffres relayés par la réalisatrice dans un entretien accordé à Ouest-France. À travers la mécanique des comparutions immédiates, ils dévoilent le fonctionnement brutal d’une justice d’abattage qui, loin de désamorcer le fléau, semble perpétuer l’exclusion des plus fragiles.
Le documentaire s’attache à ces figures anonymes — nourrices, guetteurs, revendeurs — qui défilent à la barre, souvent jeunes, toujours précaires, et parfois mineurs. Loin des barons du trafic, ils incarnent les rouages d’une économie parallèle qui prospère sur l’abandon social. Alice Odiot, qui avait déjà filmé les Baumettes dans Des hommes (2019), voit dans ces trajectoires le résultat d’une “absence de volonté politique d’intégrer certains quartiers à la société”, comme elle le déclare à France Télévisions. Délaissés par les services publics, les habitants de ces zones marginalisées se retrouvent piégés dans des logiques de survie.
Un huis clos au service d’un portrait social
Préparé pendant un an, le tournage s’est déroulé au sein même du tribunal, dans les salles d’audience et les geôles, lieux rarement montrés à l’écran. Il a fallu convaincre magistrats et prévenus en quelques minutes, dans l’urgence d’un procès imminent. Cette proximité donne au film une intensité rare : visages fermés, corps tendus, regards fuyants… la caméra capte la tension de l’attente, la peur de la peine, la lassitude des juges.
Le documentaire révèle aussi l’inadéquation criante entre une justice formatée pour punir et une réalité sociale beaucoup plus complexe. Certains prévenus, touchants ou manipulateurs, semblent sincères ; d’autres, perdus dans leurs contradictions, font face à des juges parfois dépassés. Une séquence particulièrement marquante montre une femme fragile, exploitée et psychologiquement brisée, condamnée malgré les appels à l’aide de son avocat. Le tribunal devient alors l’unique lieu où se rejoue un lien avec la société — un lien ténu, souvent rompu.
Sans apporter de réponses toutes faites, Stups interroge la pertinence d’un système judiciaire qui enferme les petites mains et ignore les têtes pensantes. Avec pudeur et précision, le film met en lumière l’impuissance institutionnelle à briser le cycle du trafic. Il pointe un empilement de lois punitives inefficaces face à une jeunesse sans perspectives. Et donne à entendre, dans les cris de colère ou de détresse des condamnés, le miroir d’un échec collectif.
Que retenir rapidement ?
Alice Odiot et Jean-Robert Viallet plongent dans les coulisses du tribunal de Marseille pour filmer au plus près les comparutions immédiates liées aux stup