Ce mercredi 4 février, Rental Family : dans la vie des autres sort en salles avec un concept aussi étrange que révélateur : au Japon, Phillip, un acteur américain expatrié à Tokyo, est recruté par une agence de « familles à louer ». Sa mission ? Devenir, contre rémunération, un faux mari, un père de substitution, un ami parfait ou même un “journaliste” de circonstance pour des clients qui cherchent à recoller un quotidien qui craque.
Un acteur en bout de course, une proposition improbable
Phillip vit au Japon depuis sept ans. Sa carrière s’est essoufflée : il ne tourne plus que des publicités, et l’illusion d’une vie d’artiste s’est transformée en routine un peu honteuse. Quand l’agence lui propose d’incarner des proches à la demande, il accepte, d’abord par nécessité. Très vite, le travail dépasse le simple jeu : il faut improviser, s’adapter, rassurer… et surtout mentir, avec le sourire.
Le film suit cette mécanique de “prestations” qui s’enchaînent : une enfant en manque de père, une personne isolée qui veut sauver les apparences, des existences cabossées qui cherchent un soutien, même fabriqué.
La solitude comme moteur du récit
Réalisé par Hikari (Mitsuyo Miyazaki), Rental Family s’intéresse frontalement à un sentiment universel : l’isolement. Celui de Phillip, étranger au milieu d’une foule, mais aussi celui de tous ceux qui font appel à l’agence. Chacun tente de créer un lien, quitte à payer pour l’obtenir.
La réalisatrice insiste sur cette zone grise : ces services peuvent sembler artificiels, mais les émotions qu’ils déclenchent, elles, ne le sont pas forcément. Elle rappelle d’ailleurs que ce type d’entreprises existe réellement au Japon et que les clients cherchent d’abord à “créer du lien”, même sur quelques heures.
Un feel-good qui caresse parfois trop le sens du poil
Le film assume une tonalité douce, presque “marshmallow”, avec une musique solaire et une caméra attentive aux détails du quotidien tokyoïte. Cette approche réconfortante fait du bien, mais elle entraîne aussi quelques raccourcis : certaines acceptations, certains attachements paraissent arriver trop vite, comme si le scénario accélérait pour rester dans l’émotion plutôt que dans la complexité.
Reste que Rental Family touche juste quand il filme ce qu’on n’ose pas dire : la difficulté d’admettre le manque, la honte d’être seul, ou le besoin d’une présence même louée pour traverser une journée.
Brendan Fraser, point d’ancrage d’une histoire d’empathie
Brendan Fraser porte le film : sa vulnérabilité, sa douceur et son humour discret rendent Phillip immédiatement attachant. Son personnage devient un “proche professionnel” qui, à force de jouer la vie des autres, se retrouve à réparer la sienne.
Sans révolutionner le genre, Rental Family propose une idée forte : dans un monde saturé de contacts mais pauvre en liens, la question n’est peut-être pas de savoir si la relation est “vraie” mais ce qu’elle réveille chez ceux qui y croient, ne serait-ce qu’un instant.