Dans « Tout le monde garde son calme », Dimitri Kantcheloff revisite la France giscardienne à travers une fugue rocambolesque et drôle, entre roman noir et comédie sociale. Un duo improbable, un décor vintage, et une plume enlevée.
Un loser attachant propulsé hors des rails
1979, à Lyon. Victor Bromier, représentant en parapluies, vient de perdre son travail. Son quotidien s’effondre, tout comme son vernis de cadre moyen. Il noie son amertume dans le whisky, jusqu’à ce que surgisse Corine, jeune punk radicale et braqueuse à ses heures. Fasciné par cette passionaria rebelle, Victor se laisse entraîner dans une cavale qui l’éloigne à grande vitesse de ses repères petit-bourgeois.
Avec ce troisième roman publié chez Finitude, Kantcheloff dessine un anti-héros d’autant plus touchant qu’il se découvre en pleine réinvention. Corine, elle, cite Guy Debord, écoute Joy Division, et voit la révolution comme un sport de combat — avec passage obligatoire par le braquage de banques. Ensemble, ils vont traverser la France, entre planques improvisées, fugues en montgolfière et rencontres burlesques, dans un hommage aussi drôle que tendre aux marges de la société.
Un style cinématographique et une nostalgie piquante
Dimitri Kantcheloff s’amuse avec les codes du polar politique à la française, façon Jean-Patrick Manchette ou Frédéric H. Fajardie, tout en distillant un humour caustique à la Audiard. Tout le monde garde son calme sonne comme un film de Lautner écrit à la machine à écrire. L’auteur s’offre aussi des clins d’œil au cinéma des années 70, avec des dialogues savoureux, des seconds rôles savamment croqués, et une bande-son imaginaire où Iggy Pop côtoie Bernard Blier.
Sous la cavalcade joyeuse, le roman porte un regard mélancolique sur une époque déjà désenchantée, mais encore pleine de possibles. Et si les idéaux de Corine ne tiennent pas toujours la route, ils réveillent chez Victor un goût oublié pour la liberté, la sincérité et, peut-être, le bonheur.
Tout le monde garde son calme, Dimitri Kantcheloff, éd. Finitude, 185 pages, 18 euros.