Dans son dernier ouvrage, Le désir de nouveautés, Jeanne Guien s’attaque à une question essentielle de notre époque : pourquoi avons-nous ce besoin irrésistible de nouveauté ? Partant du XVIIe siècle, Guien retrace les origines de cette néophilie, qui est née avec la colonisation et l’importation de produits considérés comme exotiques. C’est à cette époque que la mode commence véritablement à se développer en France, où les aristocrates s’affichent en constant renouvellement de leur garde-robe, un luxe inaccessible aux classes populaires. Une dynamique qui s’installe durablement, les consommateurs devant constamment acheter pour se démarquer et affirmer leur statut.
L’auteur explore ensuite l’évolution de ce phénomène jusqu’au XVIIIe siècle et son ancrage profond dans le système capitaliste, avec l’avènement de l’industrialisation. Guien démontre que la nouveauté, loin d’être un simple phénomène esthétique ou social, sert une logique économique : celle de l’obsolescence programmée. Les premiers indices de cette stratégie apparaissent dans la production industrielle, où les machines doivent être rentabilisées à un rythme effréné, et où le renouvellement constant des produits est devenu indispensable pour maintenir la dynamique de consommation.
L’ouvrage va plus loin en scrutant la manière dont le marketing, le design et la publicité, au XXe siècle, ont transformé la nouveauté en un impératif commercial. De la consommation de masse aux produits jetables, Guien analyse comment cette “promesse de nouveauté” s’est imposée, nourrissant une société de consommation qui, sous couvert de modernité et de confort, cache des effets néfastes tant sur le plan environnemental que social. Ce livre, en décryptant l’histoire du capitalisme à travers le prisme de la mode et des objets, offre une réflexion critique sur notre rapport à la nouveauté et à l’obsolescence.