Kamel Daoud visé par des mandats algériens : un écrivain traqué pour avoir raconté l’innommable
Kamel Daoud visé par des mandats algériens : un écrivain traqué pour avoir raconté l’innommable

L’Algérie a franchi un nouveau cap dans sa dérive autoritaire. Ce mardi 6 mai, l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, Prix Goncourt 2024 pour Houris, a appris qu’il était visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par la justice de son pays natal. Son avocate, Me Jacqueline Laffont, évoque des poursuites aux motivations « uniquement politiques » et une tentative manifeste de « réduire au silence » un écrivain dont l’œuvre dérange.

Une offensive judiciaire au parfum de censure

Depuis la parution de Houris, roman poignant sur les plaies ouvertes de la décennie noire, l’auteur de Meursault, contre-enquête subit une cabale organisée. À Alger, Houris est interdit. À Paris, une procédure civile a été engagée par une plaignante affirmant reconnaître son histoire dans le personnage d’Aube. Pourtant, Kamel Daoud, qui nie toute identification précise, revendique une fiction construite à partir de témoignages nombreux, sans jamais nommer ou exposer de personne réelle.

L’affaire dépasse le cadre littéraire. À travers l’auteur, c’est un pan entier de la mémoire algérienne que le pouvoir cherche à bâillonner. L’écrivain paie aujourd’hui son refus d’effacer la douleur des victimes du terrorisme islamiste et son soutien à d’autres voix dissidentes comme Boualem Sansal, lui aussi persécuté. Le recours à Interpol pour un livre dérangeant en dit long sur la volonté du régime de criminaliser l’art quand il dérange le récit officiel.

Dans ses prises de parole, Kamel Daoud rappelle que Houris est le fruit de recherches, d’entretiens, de douleur collective sublimée. La ressemblance invoquée par la plaignante ne repose sur aucun fait tangible. Aucun nom, aucune date, aucun événement précis ne vient appuyer l’accusation de plagiat intime. Les éléments médicaux évoqués, comme la présence d’une canule, ne sont pas l’apanage d’une seule personne et ne sauraient fonder un procès en atteinte à la vie privée.

« Mon roman n’a rien à voir avec cette femme », affirme l’auteur. Son avocate, Me Laffont, dénonce une tentative d’instrumentalisation judiciaire dans un « contexte politique inquiétant ». L’écrivain, ajoute-t-elle, démontrera point par point l’inanité des accusations, tout en rappelant que la liberté artistique est un droit fondamental, protégé par la loi.

Quand la littérature devient résistance

À travers cette affaire, c’est la liberté de création qui se trouve au banc des accusés. Peut-on encore, en 2025, écrire sur la guerre, les blessures de l’histoire et les femmes brisées sans craindre la répression ? À cette question, Kamel Daoud répond par le courage de l’écriture. En brisant le silence sur les violences islamistes, en rendant leur voix aux victimes, il accomplit ce que la littérature a toujours su faire : nommer l’indicible, même au prix du bannissement. Ni la justice algérienne, ni les menaces, ni les procès ne feront taire un écrivain qui porte haut l’honneur de la langue française et la mémoire des oubliés.

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