Lauréat de la dernière Palme d’or à Cannes pour Un simple accident, le cinéaste iranien Jafar Panahi a lancé un appel public à la mobilisation internationale face à la répression en Iran. Dans une prise de parole sur France Inter, mardi 13 janvier, il a décrit un peuple « sans défense » qui continue pourtant de descendre dans la rue, et demandé que l’extérieur ne détourne pas le regard.
Une contestation partie du coût de la vie, devenue frontale contre le régime
Selon Jafar Panahi sur France Inter, la contestation qui a démarré le 28 décembre à Téhéran après des protestations de commerçants contre la cherté de la vie s’est étendue à des régions plus pauvres, notamment à l’ouest, et vise désormais directement le pouvoir de l’ayatollah Ali Khamenei. Le réalisateur souligne que le mouvement s’inscrit dans une séquence longue, citant les vagues de mobilisation de 2009 puis « Femme, vie, liberté » en 2022, avant d’estimer qu’on se trouve aujourd’hui à un « point culminant ».
Sur l’ampleur de la répression, l’ONG Iran Human Rights affirme avoir confirmé, à la date de lundi, la mort de 648 manifestants et environ 10 000 arrestations. Pour Panahi, l’usage d’« armes de guerre » contre des civils montre qu’il ne s’agit plus seulement d’intimider, mais de « faire un bain de sang », ce qui rend, selon lui, indispensable un soutien extérieur.
Un dissident condamné, qui redoute “le silence d’aujourd’hui”
L’appel de Panahi intervient alors qu’il a lui-même été condamné début décembre, par contumace, à un an de prison pour « activités de propagande » contre l’État, avec interdiction de voyager et d’adhérer à des groupes politiques ou sociaux, a indiqué son avocat Me Mostafa Nili, qui dit vouloir faire appel. Dans ce contexte, le cinéaste insiste pour que son cas personnel ne prenne pas le dessus : sur France Inter, il demande surtout qu’on parle des Iraniens « qui meurent dans les rues ».
Trois jours plus tôt, il avait aussi co-signé sur Instagram, avec le réalisateur Mohammad Rasoulof, un message se disant « préoccupé » pour des concitoyens « sans défense », avertissant que « le silence d’aujourd’hui » laissera des traces « face à l’histoire ». Panahi dit espérer que les Iraniens puissent retrouver « la liberté de respirer » et « le plaisir de vivre » et appelle à ne pas laisser cette révolte s’éteindre dans l’isolement.