Prévu à Caserte le 27 juillet, le concert du chef d’orchestre russe a été déprogrammé en raison de sa proximité avec le Kremlin. L’artiste, soutien de Vladimir Poutine, fait face à une vague de boycotts depuis l’invasion de l’Ukraine.
Une annulation sous tension politique
Lundi 21 juillet, les organisateurs du festival italien « Un’Estate da Re » ont annoncé l’annulation d’un concert dirigé par Valeri Guerguiev. Cette décision intervient après plusieurs jours de polémiques liées à la présence du chef d’orchestre russe, considéré comme un proche de Vladimir Poutine. Bien que le communiqué officiel du festival ne fournisse pas de justification, l’annulation semble liée aux critiques exprimées tant par des responsables politiques que par des organisations militantes.
Le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), fondé par l’opposant russe Alexeï Navalny, avait adressé le 11 juillet des courriers aux autorités italiennes pour réclamer l’annulation du concert, qualifiant Guerguiev de « messager de la propagande du Kremlin ». Le ministre italien de la Culture Alessandro Giuli a également exprimé son opposition à sa venue, redoutant que le festival ne devienne une « caisse de résonance de la propagande russe ». Il a salué une décision « libre » et conforme aux « valeurs du monde libre ».
En réaction, l’ambassadeur russe en Italie, Alekseï Paramonov, a déploré une décision « triste », accusant les autorités italiennes de céder aux pressions ukrainiennes et de participer à une « annulation de la culture russe ». Valeri Guerguiev, de son côté, a déclaré à l’agence TASS ne pas avoir été informé de cette annulation.
Un artiste au cœur des controverses diplomatiques
À 72 ans, Valeri Guerguiev est une figure emblématique de la musique classique en Russie. Depuis 1996, il dirige le théâtre Mariïnski de Saint-Pétersbourg, et a été nommé à la tête du Bolchoï de Moscou en 2023, devenant ainsi le premier à diriger les deux institutions depuis la Révolution de 1917. Sa carrière, prestigieuse sur le plan musical, est entachée par ses liens assumés avec le pouvoir russe.
Déjà en 2022, plusieurs institutions culturelles occidentales – à New York, Milan ou Munich – avaient mis fin à leur collaboration avec lui, reprochant son silence sur l’offensive contre l’Ukraine. Des années plus tôt, sa participation à des concerts en Crimée annexée, en Ossétie du Sud ou à Palmyre en Syrie aux côtés de l’armée russe avait suscité de vives critiques, comme l’a rappelé l’AFP.
Si Guerguiev reste une figure respectée en Russie, son nom est devenu indissociable du soutien culturel à la politique extérieure du Kremlin. En Europe, cela suffit désormais à provoquer l’annulation de ses apparitions.