Présenté comme “inspiré” du roman d’Emily Brontë, “Hurlevent” d’Emerald Fennell, porté par Margot Robbie et Jacob Elordi, divise violemment la critique. Entre relecture revendiquée et esthétisation outrancière, cette adaptation partielle du classique anglais semble avoir laissé sur le carreau une partie de la complexité et de la noirceur du texte original.
Une relecture stylisée et radicale du roman
La cinéaste britannique n’a jamais caché son intention : les guillemets entourant le titre signalent d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une adaptation fidèle. Le film, qui ne couvre que le premier tiers du roman, assume une interprétation personnelle, nourrie par la découverte du livre à l’adolescence. Pour Emerald Fennell, “une grande partie de [sa] vie créative a été façonnée par la lecture des Hauts de Hurlevent”, explique-t-elle. Elle revendique une approche émotionnelle, cherchant moins la restitution littéraire que l’expérience sensorielle.
Margot Robbie, également productrice du long-métrage, salue un cinéma qui vise à provoquer une réaction intense chez le spectateur, décrivant une œuvre “audacieuse, fraîche et inattendue”. La photographie gothique signée Linus Sandgren, les costumes anachroniques de Jacqueline Durran et la bande originale électro composée par Charli XCX et Anthony Willis participent à cette vision hybride, à la croisée du romantisme victorien et d’une esthétique contemporaine. Emerald Fennell insiste : elle ne cherche pas à “provoquer pour le plaisir”, mais à explorer “ce qui [lui] fait ressentir quelque chose”, quitte à susciter des réactions opposées.
Une romance édulcorée et clivante
Cette liberté revendiquée a pourtant déclenché une salve de critiques. Plusieurs observateurs estiment que le film désamorce la violence morale et la dimension dérangeante du roman. Là où l’œuvre d’Emily Brontë explore des passions destructrices, la version de Fennell serait, selon certains, trop policée, voire prude malgré une sensualité affichée. Les scènes intimes entre Cathy et Heathcliff, jugées brèves et peu transgressives, contrastent avec la réputation sulfureuse du texte d’origine.
D’autres reprochent à la réalisatrice d’avoir transformé une relation toxique en romance esthétisée, vidée de sa brutalité sociale et raciale — Heathcliff étant décrit dans le roman comme “à la peau noire”, dimension absente ou atténuée à l’écran. Le résultat ? Un film qualifié par la BBC de “plus clivant de l’année”, partagé entre admiration pour sa beauté plastique et frustration face à ce qui est perçu comme un affadissement du chef-d’œuvre.
Emerald Fennell assume cette fracture : “Vous aurez toujours une réaction partagée si vous vous consacrez aux deux versants de la même manière”, affirme-t-elle, défendant l’idée qu’un film important n’a pas vocation à faire consensus. Reste que pour une partie des lecteurs passionnés des Brontë, cette version glamour et instagramable de “Hurlevent” ressemble moins à une réinvention qu’à une trahison.