Le 8 avril 1973, Pablo Picasso s’éteint à Mougins, dans le sud de la France, à l’âge de 91 ans. La nouvelle fait l’effet d’un séisme dans le monde de l’art. Depuis plusieurs années, le maître vivait retiré dans son domaine, entouré de ses œuvres, de ses doutes et d’une production toujours fébrile. Sa dernière décennie, marquée par une fécondité sans relâche, voit défiler dessins, gravures, céramiques, sculptures… comme si le temps pressait, comme s’il lui fallait tout dire avant le silence. En 1971, deux ans avant sa mort, le Louvre rend hommage au génie vivant en exposant ses toiles dans la Grande Galerie – un honneur jusque-là réservé aux artistes disparus.
Son décès laisse derrière lui une succession sans testament, fidèle à sa manière de vivre libre, en dehors des règles. Les querelles familiales autour de son héritage prennent alors un tour dramatique. Ses œuvres, son nom, son image deviennent l’objet de luttes juridiques, mais aussi de fascination. Grâce à la dation — un accord avec l’État français permettant de régler les droits de succession par la remise d’œuvres d’art —, une grande partie de son patrimoine rejoint le musée Picasso, à Paris, faisant de ce lieu le plus riche conservatoire public de son œuvre au monde.
Enterré dans le parc du château de Vauvenargues, dans un silence à la fois intime et tumultueux, Picasso quitte la scène comme il l’a traversée : immense, indomptable, insaisissable. Ses derniers travaux, marqués d’une liberté radicale et d’une force brute, hantent encore les regards. Ce n’est pas une fin, mais un passage : le vieux Minotaure laisse à l’humanité un labyrinthe d’images, de formes et de couleurs pour continuer à chercher, à rêver, à créer.