Le 3 novembre 1493, au cours de son second voyage, Christophe Colomb atteint une grande île qu’il nomme Guadalupe en hommage au monastère espagnol de Santa María de Guadalupe. Les habitants, des Kalinagos (appelés « Caraïbes » par les Européens), la connaissent sous le nom de Karukera, « l’île aux belles eaux ». Cette arrivée marque la première rencontre attestée entre ces sociétés amérindiennes insulaires et les Européens sur ce territoire, annonçant bouleversements et résistances.
À la recherche de terres nouvelles
Après son premier voyage, Colomb repart en 1493 avec une flotte beaucoup plus importante. Après avoir aperçu La Désirade, puis baptisé Marie-Galante, il jette l’ancre devant l’île montagneuse de Karukera. L’explorateur et son équipage débarquent le lendemain, explorent les eaux douces, les forêts denses et les villages amérindiens. L’accueil est méfiant. Les Kalinagos sont des navigateurs aguerris, habitués aux conflits inter-insulaires ; ils observent ces nouveaux arrivants avec prudence, surtout après les premières violences rapportées par les Taïnos des grandes Antilles.
Lors d’un retour en 1496, une altercation éclate : privés de vivres par les habitants, les Espagnols attaquent, mais se heurtent à une riposte farouche. L’île n’offre ni or ni passage stratégique majeur : l’Espagne, concentrée sur d’autres zones plus riches du continent, finit par délaisser ce territoire.
De la rencontre à la conquête européenne
Pendant plusieurs décennies, la Guadeloupe reste fréquentée par marins et flibustiers pour ses sources d’eau douce, mais sans implantation durable. Les Kalinagos, déterminés à préserver leur autonomie, repoussent chaque tentative espagnole. Ce n’est qu’en 1635 que les Français, sous l’impulsion de la Compagnie des Îles d’Amérique, tentent une colonisation permanente.
Les premiers contacts oscillent entre échanges et tensions. Mais la volonté de prise de contrôle et les violences contre les chefs autochtones déclenchent une guerre longue et éprouvante. Après des années de combats, maladies et famines, les Kalinagos sont progressivement dépossédés de leur terre ; beaucoup se replient vers la Dominique.
En moins d’un demi-siècle, un monde bascule : l’île, rebaptisée Guadeloupe, devient un espace colonial appelé à connaître plantation sucrière, traite négrière et transformations profondes.
Ce 3 novembre 1493 reste ainsi une date emblématique : le premier contact entre l’Europe et Karukera, prélude aux bouleversements du monde caribéen et à la naissance de nouvelles sociétés créoles.