Le 28 juin 1635, Jean Duplessis d’Ossonville et Charles de L’Olive prennent officiellement possession de la Guadeloupe au nom du roi Louis XIII. Mandatés par la Compagnie des îles d’Amérique, et soutenus par le cardinal de Richelieu, ils débarquent avec 400 colons et quatre missionnaires dominicains. Leur arrivée marque le début de la colonisation française dans les Antilles. L’île, déjà habitée par les Kalinagos (appelés Caraïbes par les Européens), avait été repérée par Christophe Colomb en 1493. Très vite, la colonisation s’accompagne d’affrontements meurtriers : en moins de vingt ans, la population indigène est décimée ou chassée vers les îles voisines.
Une colonie de plantation
Dès les premières décennies, la Guadeloupe devient une colonie de plantation. Le tabac d’abord, puis la canne à sucre à partir des années 1650, deviennent les piliers de l’économie locale. Cette agriculture exige une main-d’œuvre abondante que les colons vont chercher en Afrique. Les premiers esclaves africains sont débarqués dès 1644, et le système esclavagiste est codifié par le Code noir de 1685. La société guadeloupéenne s’organise alors autour d’une hiérarchie raciale rigide : les colons blancs possèdent la terre, les esclaves africains la cultivent. Le travail forcé, la violence et la déshumanisation rythment le quotidien de cette île devenue un rouage central de l’empire colonial français.
Héritages et fractures
L’esclavage est aboli une première fois en 1794 sous la Révolution, puis rétabli par Napoléon en 1802, plongeant la Guadeloupe dans une guerre civile meurtrière. Environ 500 colons blancs périssent, et des milliers d’autres fuient l’île. Ce traumatisme laisse une trace durable dans la mémoire collective. L’abolition définitive a lieu en 1848. Pour remplacer les anciens esclaves, des travailleurs indiens (Malabars) sont importés, ajoutant une nouvelle composante à une population déjà métissée.
Devenue département français en 1946, la Guadeloupe reste marquée par les séquelles de son histoire coloniale. L’identité créole s’y est forgée dans la douleur, entre langues, cultures et résistances. L’île demeure aujourd’hui un territoire traversé par de fortes inégalités sociales, mais riche d’une culture unique, née de la rencontre — souvent violente — entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.