Le 18 février 1859, une flotte française s’empare du port de Saïgon, au sud du Viêt-nam. Après l’échec de l’expédition de Tourane (actuelle Da Nang), où les troupes européennes se heurtent à une résistance tenace, les autorités impériales françaises choisissent de frapper plus au sud, dans une région stratégique : la Cochinchine, riche et ouverte sur les voies fluviales du Mékong. Cette prise marque le début d’une conquête progressive qui débouchera sur l’installation durable de la France en Indochine.
Des missionnaires aux canons
La présence française au Viêt-nam n’est pas une nouveauté. Dès le XVIIᵉ siècle, des missionnaires — notamment jésuites — s’implantent dans la péninsule, profitant du fait que d’autres puissances catholiques occupent déjà une grande partie de l’Asie. Les conversions progressent rapidement et, au milieu du siècle, on compte déjà plusieurs centaines de milliers de catholiques. Dans ce contexte, le père Alexandre de Rhodes joue un rôle majeur en diffusant une écriture romanisée du vietnamien, le quốc ngữ, appelée à un avenir considérable.
L’alliance manquée, puis la rupture
À la fin de l’Ancien Régime, l’évêque Pigneaux de Béhaine engage la France auprès d’un prince vietnamien, Nguyễn Ánh, futur empereur Gia Long. La France promet un appui militaire en échange d’avantages commerciaux et de points d’appui. Mais cette “lune de miel” ne dure pas : après Gia Long, les successeurs se replient sur une politique plus isolationniste, tandis que les tensions religieuses s’aggravent et que des persécutions frappent les chrétiens, fournissant à Paris un prétexte d’intervention.
Saïgon, porte d’entrée de la Cochinchine
Sous Napoléon III, l’expédition se transforme en entreprise de conquête. Incapables de marcher sur Hué depuis Tourane, les Français se redéploient vers le sud et prennent Saïgon, point clé pour contrôler les échanges, sécuriser des ressources agricoles et établir une base navale. La ville devient rapidement un enjeu militaire majeur, assiégée puis renforcée, avant de s’imposer comme centre colonial.
Le début d’un siècle de colonisation
L’occupation de Saïgon n’est pas seulement une opération ponctuelle : elle ouvre une séquence historique longue. À partir de là, la France étend son emprise sur la Cochinchine, puis sur l’ensemble de l’Indochine, installant administrations, comptoirs, infrastructures… et un pouvoir colonial qui, pour les Vietnamiens, signifie aussi dépossession, résistances et conflits. Le 18 février 1859 reste ainsi une date-charnière : celle où la présence française bascule définitivement du religieux et du diplomatique vers la conquête.