Le 14 mars 1590, Henri IV remporte à Ivry une victoire décisive sur les troupes de la Ligue catholique commandées par le duc de Mayenne. Depuis l’assassinat d’Henri III l’année précédente, le roi de Navarre est devenu l’héritier légitime de la couronne de France, mais son protestantisme lui vaut le rejet des ligueurs, soutenus par l’Espagne. Dans la plaine de Saint-André, près d’Ivry, le nouveau roi joue donc bien plus qu’une bataille : il joue son trône, et peut-être l’unité même du royaume.
Une victoire arrachée contre plus fort
Henri IV dispose d’une armée inférieure en nombre à celle de ses adversaires, mais mieux conduite et plus mobile. Mayenne espère l’écraser avant qu’il ne consolide son pouvoir, tandis que le Béarnais veut empêcher la Ligue de reprendre l’initiative en Normandie. Au matin du 14 mars, les deux armées s’affrontent dans une bataille violente où l’arquebuse et la cavalerie jouent un rôle décisif. Au plus fort de la mêlée, alors que ses troupes vacillent, Henri IV se porte lui-même au combat et entraîne les siens dans une charge qui renverse la situation. Les ligueurs finissent par se débander, laissant derrière eux canons, enseignes et des centaines de morts.
La naissance d’une légende royale
C’est à Ivry qu’est attachée la fameuse harangue attribuée à Henri IV : « Si vous perdez vos enseignes, ralliez-vous à mon panache… vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire. » Le détail du « panache blanc », passé à la postérité, a sans doute été embelli après coup, mais il résume parfaitement l’image que le roi laissera dans la mémoire française : celle d’un chef brave, proche de ses soldats, audacieux au feu et capable d’incarner à lui seul le salut du royaume. Ivry transforme ainsi Henri IV en héros national avant même qu’il n’ait pleinement conquis son royaume.
Une étape majeure vers la paix
La victoire d’Ivry ne met pas immédiatement fin aux guerres de Religion. Henri IV échoue encore à prendre Paris, défendue avec acharnement par la Ligue et secourue par les Espagnols. Mais le rapport de force a changé : Mayenne est battu, la Ligue affaiblie, et le roi apparaît désormais comme le seul capable de rétablir l’ordre. Quelques années plus tard, en abjurant le protestantisme puis en promulguant l’édit de Nantes en 1598, Henri IV achèvera l’œuvre commencée sur le champ de bataille d’Ivry : rendre à la France la stabilité après des décennies de guerre civile.