C’était un 11 mars : Ernest Renan définit la nation à la Sorbonne
C’était un 11 mars : Ernest Renan définit la nation à la Sorbonne

Le 11 mars 1882, l’historien et philosophe Ernest Renan prononce à la Sorbonne une conférence devenue célèbre : Qu’est-ce qu’une nation ?. Dans ce discours, qui connaîtra un immense retentissement en Europe, il propose une définition originale de la nation fondée non pas sur la race, la langue ou la religion, mais sur une histoire commune et la volonté de vivre ensemble. Cette réflexion intervient dans un contexte marqué par la défaite française face à la Prusse en 1870 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand.

Une réflexion née du contexte politique de l’époque

À la fin du XIXᵉ siècle, la question nationale est au cœur des débats politiques européens. Après la guerre franco-prussienne, l’Allemagne victorieuse défend une conception de la nation largement inspirée du romantisme allemand, qui met en avant la langue, la culture et l’origine ethnique comme fondements de l’identité nationale.

Ernest Renan s’oppose à cette vision. Dans sa conférence, il affirme qu’une nation ne peut être définie uniquement par des critères biologiques, linguistiques ou religieux. Selon lui, l’histoire montre que les peuples sont issus de mélanges multiples et que la diversité des origines est une réalité constante dans la formation des États européens.

La nation comme volonté de vivre ensemble

Renan propose alors une définition devenue célèbre. Pour lui, une nation est avant tout « une âme, un principe spirituel ». Elle repose sur deux éléments essentiels : le souvenir partagé d’un passé commun et la volonté actuelle de continuer à vivre ensemble. Il résume cette idée par une formule restée célèbre : la nation est « un plébiscite de tous les jours ».

Autrement dit, l’existence d’une nation dépend du consentement permanent de ses habitants à faire partie d’une même communauté politique. Cette conception insiste sur le rôle de la mémoire collective, mais aussi sur l’importance de l’adhésion volontaire des citoyens à un projet commun.

La conférence de Renan a profondément marqué la pensée politique moderne. Plus d’un siècle après sa publication, elle demeure l’un des textes les plus influents pour comprendre la notion de nation et continue d’alimenter les débats sur l’identité et la souveraineté des peuples.

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