Camille Kouchner signe un roman poignant sur l’amitié, la perte et les blessures de l’enfance
Camille Kouchner

Quatre ans après le retentissement de La Familia grande, Camille Kouchner revient avec Immortels, un premier roman publié aux éditions du Seuil le 4 avril. Cette fois, elle quitte le terrain du témoignage pour entrer dans la fiction, tout en poursuivant sa réflexion sur l’identité, l’enfance et les violences familiales invisibles. À travers une narration à la fois sensible et percutante, elle explore les souvenirs d’une relation fondatrice dans la France des années 1980.

Une enfance fusionnelle brisée par les silences des adultes

Au cœur du roman, une femme surnommée K., alitée dans une chambre d’hôpital après une mastectomie, apprend la mort de Ben, son ami d’enfance et alter ego. Ce choc réveille en elle une cascade de souvenirs mêlant lumière et douleur. Elevés dans un milieu intellectuel et libertaire, sans réelle autorité parentale, K. et Ben ont grandi en quasi-autarcie affective, liés par une amitié absolue. Leur monde était fait de jeux, de liberté, d’une complicité presque sacrée, à l’abri des regards et des attentes.

Mais l’adolescence brise cette bulle. Kouchner dresse un portrait glaçant de l’enfance livrée à elle-même, où l’idéologie parentale, plus préoccupée de liberté sexuelle que de sécurité affective, se révèle toxique. La mère de K., militante féministe et permissive, refuse les limites et les rôles traditionnels, imposant une forme de dérèglement éducatif qui fragilise sa fille. K. grandit dans le flou, sans cadre, tiraillée entre le besoin d’amour et l’absence de repères. À 10 ans, elle subit un examen gynécologique brutal. Son père, de son côté, profère une phrase glaçante : « Ne viens pas te plaindre si tu te fais violer. »

Une mémoire intime et universelle

Dans Immortels, Camille Kouchner reconstitue par bribes ce qu’elle appelle « une langue maternelle » – un langage commun avec Ben, nourri d’émotions et de souvenirs. La maladie agit comme catalyseur d’un retour à soi, à cette mémoire enfouie, à cette tentative de recoller les morceaux d’une identité fragmentée.

La disparition de Ben, happé par les addictions, et le chemin de K. vers l’acceptation de soi, donnent au roman sa dimension tragique autant que réparatrice. Il y est question de survivance, de réconciliation avec le passé, mais aussi de filiation et de genre. Kouchner interroge la place assignée aux filles, le poids des non-dits, les violences symboliques, psychologiques et sexuelles.

Sans jamais désigner ses personnages comme autobiographiques, l’autrice tisse un récit dont l’écho biographique est assumé et perceptible, prolongeant les questionnements amorcés dans La Familia grande. À travers K. et Ben, elle semble revisiter – et sublimer – la relation qu’elle entretenait avec son frère jumeau.

Publié aux éditions du Seuil, Immortels est également disponible en version audio, enregistrée par Isabelle Carré, chez Cascades.

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