Boualem Sansal élu à l’Académie française dès le premier tour, consécration d’une vie pour la liberté et la langue
Boualem Sansal élu à l’Académie française dès le premier tour, consécration d’une vie pour la liberté et la langue

Boualem Sansal a été élu ce jeudi 29 janvier à l’Académie française avec 25 voix sur 26 dès le premier tour. Une élection nette, sans ambiguïté, qui vient consacrer un écrivain devenu au fil des années bien plus qu’une plume majeure de la francophonie. Trois mois seulement après sa libération des geôles algériennes, l’auteur franco-algérien de 81 ans fait son entrée sous la Coupole au fauteuil numéro 3, succédant à Jean-Denis Bredin. Une reconnaissance éclatante pour celui qui incarne aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, le courage intellectuel et la fidélité à la langue française.

Cette élection n’est ni un hasard ni un simple hommage symbolique. Depuis plus d’une décennie, l’Académie française n’a cessé d’honorer son œuvre. Grand Prix de la Francophonie en 2013, Grand Prix du roman en 2015 pour 2084, Prix mondial Cino Del Duca en 2025 : les académiciens ont, patiemment, envoyé tous les signaux qui précèdent une entrée parmi les « Immortels ». Son nom circulait depuis longtemps. Son emprisonnement, loin de freiner cette trajectoire, a renforcé la dimension morale et universelle de son parcours.

Une plume libre devenue symbole

Boualem Sansal n’est pas seulement un écrivain salué pour la puissance de son style, la richesse de sa langue ou la dimension visionnaire de ses romans. Il est devenu un symbole vivant de la liberté d’expression. Arrêté en novembre 2024 à Alger, emprisonné pendant un an pour ses prises de position, il a transformé malgré lui son destin littéraire en destin politique au sens noble du terme. Sa voix, déjà respectée, est devenue indispensable.

Mais derrière la figure du dissident, il y a d’abord l’écrivain. Le Serment des barbares, Le Village de l’Allemand, Rue Darwin ou 2084 ont marqué durablement la littérature contemporaine. Les académiciens ont rappelé à plusieurs reprises que son œuvre s’inscrit dans la grande lignée des romans d’anticipation et de conscience, aux côtés d’Orwell, Huxley ou Coetzee. Une écriture vertigineuse, engagée sans jamais être partisane, profondément littéraire avant d’être politique.

Enfin, l’Académie française trouve en lui un défenseur ardent du français. Né en Algérie, ingénieur de formation, ancien haut fonctionnaire, Sansal a toujours choisi d’écrire dans cette langue qu’il considère comme un patrimoine commun à défendre avec exigence. Dans Le français, parlons-en !, il interrogeait même, avec une liberté rare, le rôle de l’Académie elle-même. Le voici désormais de l’autre côté, parmi ceux qui ont la charge de veiller sur cette langue. Une élection qui ressemble à une évidence : celle d’un écrivain qui, par son œuvre, son courage et sa fidélité au verbe, avait depuis longtemps sa place parmi les Immortels.

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