Le 12 mars 2025 marque la sortie en salles de Black Box Diaries, le documentaire percutant de la journaliste Shiori Ito, figure emblématique du mouvement #MeToo au Japon. Ce film, qui explore les failles du système judiciaire et médiatique japonais face aux violences sexuelles, a été nommé aux Oscars et largement diffusé à l’international. Pourtant, au Japon, il demeure banni des écrans, faute de distributeur.
Dans ce documentaire profondément intime et journalistique, Shiori Ito raconte sa propre histoire, celle d’une jeune femme agressée par un journaliste influent proche du pouvoir, et de son combat acharné pour obtenir justice. En 2015, alors âgée de 25 ans, elle accuse Noriyuki Yamaguchi, ancien correspondant de la chaîne TBS et biographe du Premier ministre d’alors, Shinzo Abe, de l’avoir violée après l’avoir droguée. Son témoignage brise l’omerta d’un pays où seulement 4 % des victimes de viol portent plainte et où la reconnaissance des agressions sexuelles est souvent entravée par des stéréotypes culturels et judiciaires.
Le documentaire alterne enregistrements vidéo, images d’archives et séquences tournées caméra au poing, pour reconstituer un parcours semé d’embûches : le rejet des autorités, les insultes, les menaces, les procédures judiciaires avortées et la stigmatisation sociale. En se filmant elle-même, Shiori Ito transforme son combat personnel en une enquête universelle, mettant en lumière les dysfonctionnements d’un système qui protège les agresseurs et réduit les victimes au silence. Black Box Diaries est bien plus qu’un témoignage : c’est un document à charge qui interroge la place des femmes dans la société japonaise et leur accès à la justice.