Avec Dites-lui que je l’aime, Romane Bohringer revient au cinéma avec un second long-métrage intime, librement inspiré du récit autobiographique de la députée Clémentine Autain. À la croisée de la fiction et du documentaire, le film mêle deux histoires de filles confrontées à l’absence de leur mère. En salles à partir du 3 décembre.
Deux enfances marquées par l’abandon maternel
L’émotion était palpable à Cavaillon lors de l’avant-première de Dites-lui que je l’aime, présentée par sa réalisatrice et actrice principale, Romane Bohringer. Déjà remarquée pour L’Amour flou, elle signe ici une œuvre plus grave, construite à partir du livre publié en 2019 par Clémentine Autain. Dans ce récit personnel, la députée raconte la mort prématurée de sa mère, l’actrice Dominique Laffin, alors qu’elle avait douze ans. Cette histoire fait écho à celle de Romane Bohringer, abandonnée par sa propre mère à neuf mois.
C’est en découvrant ce livre, alors qu’elles tournaient ensemble, que Bohringer a été frappée par la proximité entre leurs vécus. Le film raconte cette filiation brisée, mais aussi la difficulté d’interroger un passé douloureux longtemps enfoui. Plutôt que de choisir une fiction classique, la réalisatrice assume une forme hybride, mêlant scènes jouées, lectures face caméra, confidences intimes et quête familiale. Clémentine Autain y lit elle-même ses propres mots, tandis que Romane Bohringer explore les zones d’ombre de sa propre histoire.
Un récit intime entre réparation et transmission
Au fil du film, la cinéaste s’interroge sur sa mère disparue, Marguerite Bourry, dont elle ne sait presque rien. Accompagnée par son fils Raoul, elle mène une sorte d’enquête familiale, cherchant à combler les trous de sa mémoire. Cette introspection, qu’elle qualifie de “plongée émotionnelle”, a duré plusieurs années, entre recherches d’archives, écriture et tournage. « Ce projet m’a fait traverser quelque chose de profond, que je n’avais jamais osé affronter », a-t-elle confié au micro de Vaucluse Hebdo, lors d’un échange avec le public à La Cigale de Cavaillon.
D’un point de vue formel, le film alterne les approches : la fiction, avec notamment l’actrice Eva Yelmani dans le rôle de Dominique Laffin, le documentaire, avec des passages en voix off ou face caméra, et même l’humour, dans certaines scènes où Bohringer tente de confier son récit à d’autres actrices. Cette liberté de ton n’enlève rien à la gravité du propos, qui touche à la maternité, au deuil, à la filiation.
Avec ce second film, Romane Bohringer poursuit une œuvre singulière et personnelle, où la création devient une forme de réparation. Loin d’un simple témoignage, Dites-lui que je l’aime interroge les silences familiaux et le poids de l’absence, dans une démarche de transmission universelle.