« Que ma volonté soit faite » - Un premier film viscéral et féministe pour Julia Kowalski
« Que ma volonté soit faite » - Un premier film viscéral et féministe pour Julia Kowalski

Avec Que ma volonté soit faite, Julia Kowalski signe un long métrage singulier mêlant drame rural, effroi mystique et éveil du désir féminin. Portée par une mise en scène organique et la performance habitée de Maria Wrobel, cette œuvre trouble et hypnotique détourne les codes du cinéma d’horreur pour livrer un récit profondément politique sur l’oppression des corps féminins.

Une fable horrifique et sensorielle sur la répression du désir

Dans une ferme isolée de campagne française, Nawojka vit aux côtés de son père et de ses deux frères, dans un univers saturé de silence, de travail et de contrôle masculin. Alors que les vaches tombent malades les unes après les autres, la jeune femme lutte pour contenir une force obscure tapie en elle. Cette « malédiction », qu’on dit héritée de sa mère défunte, s’éveille chaque fois que son désir s’exprime, déclenchant chez elle de violentes crises.

Le quotidien morne de Nawojka bascule avec le retour de Sandra, une voisine libre et provocante, devenue persona non grata dans le village. Leur rencontre électrise la protagoniste, qui cesse peu à peu de réprimer ce qui l’habite. Selon France Télévisions, la cinéaste filme cette montée en puissance avec une esthétique proche du conte maléfique, entre matières visqueuses, rituels pseudo-religieux et une caméra qui traîne dans les coins sombres de la maison et des bois. Ce réalisme poisseux, capté en 16 mm, évoque autant le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper que Carrie de Brian De Palma, mais c’est bien un récit de libération queer et féminine que construit ici Kowalski.

Le surnaturel comme métaphore d’une colère longtemps contenue

À travers cette histoire de possession qui flirte avec le surnaturel, la réalisatrice d’origine polonaise poursuit le travail entamé avec son court métrage J’ai vu le visage du diable (2023). Là encore, Maria Wrobel incarnait une jeune femme tourmentée par une force invisible, à la croisée du mystique et du psychique. Dans Que ma volonté soit faite, l’actrice retrouve un rôle de corps habité, exprimant l’ambivalence du trouble intérieur entre douleurs et désirs naissants.

Comme l’a relevé France Télévisions, les figures masculines du récit — père autoritaire, frères brutaux — incarnent la menace diffuse mais constante, qui pèse sur Nawojka comme sur Sandra. Dans ce climat oppressant, l’éveil au désir devient un acte de résistance. La « possession » n’est pas un mal à éradiquer, mais le symptôme d’une féminité trop longtemps réduite au silence.

Avec ce premier long métrage envoûtant, Julia Kowalski livre un manifeste viscéral, poétique et furieux sur l’émancipation des corps et des volontés. Un coup d’essai maîtrisé, à la croisée de l’horreur baroque et de la fable féministe. Le film sort en salles ce mercredi 3 décembre, distribué par New Story.

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