Huit mois après la mort de Michel Blanc, le réalisateur Patrice Leconte, à qui l’on doit plusieurs classiques du cinéma français, est revenu sur une période particulièrement tendue de leur collaboration. Dans un entretien accordé à Europe 1, il a évoqué sans détour le tournage du film Les Grands Ducs (1996), pointant du doigt le comportement difficile de l’acteur, pourtant salué pour son jeu. Une déclaration qui tranche avec les nombreux hommages rendus à Michel Blanc à l’annonce de sa disparition en octobre dernier.
Un tournage difficile : « Il pouvait être odieux »
Interrogé sur les coulisses du tournage du film Les Grands Ducs, dans lequel Michel Blanc donnait la réplique à trois monstres sacrés du cinéma français, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret, Patrice Leconte n’a pas mâché ses mots : « Il est parfait dans le film, il n’y a que le résultat qui compte, le reste on s’en fout… Mais il n’était pas aussi sympathique que ce que je connaissais. Il pouvait être odieux », a-t-il déclaré au micro d’Europe 1 dans l’émission Culture Médias, animée par Thomas Isle.
Patrice Leconte a confessé que même ses partenaires de jeu s’étaient montrés déstabilisés par le comportement de Michel Blanc sur le plateau : « Même les trois ténors me disaient : ‘Mais qu’est-ce qu’il a Michel ? Pourquoi il est comme ça ?’ Je ne sais pas… Il était peut-être dans une mauvaise passe. »
Le réalisateur précise qu’il n’a jamais compris l’origine de cette attitude. Selon lui, Michel Blanc n’était « pas dans son assiette » pendant le tournage, une situation qu’il préfère aujourd’hui relativiser en mettant en avant la performance finale de l’acteur : « Il est formidable dans le film. »
Une relation de longue date mais houleuse
La collaboration entre Patrice Leconte et Michel Blanc remonte à la fin des années 1970. Le réalisateur avait dirigé l’acteur pour la première fois dans Les Bronzés (1978), un des grands succès du groupe du Splendid, qui comprenait aussi Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel et Gérard Jugnot. Suivront Les Bronzés font du ski (1979), Ma femme s’appelle reviens (1982), Circulez y’a rien à voir (1983) et Monsieur Hire (1989), un drame radicalement différent dans lequel Michel Blanc avait brillé dans un registre plus sombre.
Les Grands Ducs, sorti en 1996, marque un tournant. Cette comédie, hommage au théâtre et à ses gloires passées, met en scène trois comédiens vieillissants qui tentent de revenir sur le devant de la scène. Bien que le film ait reçu un accueil critique mitigé à sa sortie, il a gagné un certain statut culte au fil des années. Reste que pour Patrice Leconte, le souvenir du tournage est entaché par l’attitude de Michel Blanc.
Des retrouvailles tendues pour Les Bronzés 3
Dix ans après Les Grands Ducs, Michel Blanc et Patrice Leconte se retrouvent une dernière fois sur le tournage de Les Bronzés 3 : Amis pour la vie (2006), suite très attendue du diptyque culte. Le film réunit tout le groupe du Splendid dans un décor de rêve, un hôtel de luxe en Sardaigne. Si le public était au rendez-vous, plus de 10 millions d’entrées en France, la critique, elle, fut bien plus sévère.
Aucune tension n’a été évoquée publiquement pendant ce tournage, mais la cicatrice entre le cinéaste et l’acteur semble ne jamais s’être complètement refermée. Patrice Leconte lui-même confiait d’ailleurs dans une interview à Télérama en 2018 : « Michel est un immense acteur, mais aussi un homme complexe. Il faut l’accepter tel qu’il est, ou ne pas travailler avec lui. »
Une disparition brutale qui a marqué le monde du cinéma
Pour rappel, Michel Blanc est décédé en octobre 2024 à l’âge de 72 ans, des suites d’une allergie. Sa disparition a suscité une immense vague d’émotion. Nombreux sont ceux qui ont salué son talent multiforme : comique au Splendid, glaçant dans Monsieur Hire, acide et émouvant dans Grosse fatigue (1994), qu’il avait lui-même réalisé et qui lui a valu le Prix du scénario à Cannes. Sans oublier évidemment son personnage culte de Jean-Claude Dusse, qui lui collé à la peau toute sa vie.
Des figures comme Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte et Josiane Balasko lui ont rendu hommage sur les plateaux et réseaux sociaux, louant son intelligence, sa finesse d’écriture, et sa capacité à se renouveler dans des registres très variés…