Le cinéaste Nicolas Keitel signe avec Louise, en salle ce 10 décembre, un premier long-métrage dense et intimement ancré dans les thèmes qui traversent déjà ses courts‑métrages : les séquelles de l’enfance, la dislocation du foyer et les chemins sinueux de la reconstruction. Inspiré d’une image fondatrice imaginée par le réalisateur — deux fillettes recroquevillées entendant les coups portés à leur mère — le film tisse un récit éclaté et profondément romanesque.
Un récit en fragments pour dire une enfance volée
Après un drame qui la pousse à fuir, la jeune Marion trouve refuge chez son père. Celui‑ci, souhaitant la protéger, l’incite à changer d’identité : Marion disparaît et devient Louise. Adulte, journaliste, elle retourne pourtant vers son histoire. Pour approcher sa sœur Jeanne, devenue chanteuse, elle se glisse dans la peau d’une professionnelle venue réaliser son portrait. Ainsi, sans se dévoiler, elle retrouve sa sœur… puis leur mère Catherine, qui la croit morte.
Toute la tension du film s’articule autour de ce vertige moral : préserver le mensonge qui lui assure une forme de stabilité ou affronter les conséquences d’une vérité qui bouleverserait tout. Keitel construit son film comme une enquête intime, rythmée par des ellipses et des retours en arrière qui invitent le spectateur à assembler les pièces, un procédé que le réalisateur a longuement mûri selon son propre témoignage lors d’une rencontre publique à Lyon.
Les ambiances visuelles différencient fortement les époques : une enfance baignée de couleurs vives, presque scintillantes, puis une lumière tamisée à l’âge adulte, marquant le passage vers une intériorité plus sombre et maîtrisée.
Trois actrices au cœur d’un mélodrame maîtrisé
Le film repose sur un trio d’interprètes remarquables. Diane Rouxel, choisie pour la précision expressive de son regard, compose une Louise presque entièrement guidée par ce qu’elle ne dit pas. Cécile de France incarne une mère oscillant entre séduction, fragilité et engagement dans une association d’aide aux femmes victimes de violences. Salomé Dewaels, dans le rôle de Jeanne, apporte une fraîcheur lumineuse qui allège un récit chargé d’ombre. À leurs côtés, les jeunes interprètes Noémie Lemaître Ekeloo et Emma Danze donnent un relief poignant aux scènes d’enfance.
Mêlant mélodrame assumé, tension psychologique et drame familial, Louise explore avec finesse les dilemmes qui fondent une vie adulte façonnée par les non-dits. Une œuvre sensible, à la fois intime et universelle, qui marque une entrée très maîtrisée de Nicolas Keitel dans le long format.