Le réalisateur Jafar Panahi de retour à Téhéran après sa Palme d’or à Cannes
Le réalisateur Jafar Panahi de retour à Téhéran après sa Palme d’or à Cannes

Apres avoir remporté la Palme d’or à Cannes, le cinéaste iranien Jafar Panahi est rentré à Téhéran, salué par ses partisans à l’aéroport international Imam Khomeini, et ce sans être inquiété par les autorités. Ce retour marque un tournant dans le parcours tumultueux de l’un des plus grands noms du cinéma indépendant iranien.

Pendant des années, Jafar Panahi a en effet été empêché de voyager à l’étranger, ses films réalisés clandestinement, et ses allers-retours en prison étaient devenus symboles de la répression culturelle en Iran. Son dernier film, inspiré de ses expériences personnelles en détention, raconte le face-à-face poignant entre cinq Iraniens et un homme qu’ils accusent de torture. Ce drame a bouleversé le jury cannois.

«Femme. Vie. Liberté!»

L’arrivée de Jafar Panahi s’est déroulée à l’aube, dans le calme. Le réalisateur a été salué par des acclamations alors qu’il descendait les escalators de l’aéroport. Les mots «Femme. Vie. Liberté!», slogan du soulèvement de 2022-2023 contre le régime, ont retenti dans les halls, rappelant les combats pour les droits des femmes et des citoyens en Iran.

Philippe Martin, producteur français et proche du cinéaste, a confirmé que Jafar Panahi était rentré chez lui et qu’il avait même obtenu un visa pour un festival en Australie. Un signe, peut-être, d’une légère détente dans l’approche du régime envers l’un de ses artistes les plus critiques.

Silence des médias d’État iranien

Contrastant avec l’élan populaire autour du retour de Jafar Panahi, les médias d’État iraniens ont gardé un silence glacial. Aucun message de félicitations, aucune mention officielle de cette Palme d’or, la première pour un cinéaste iranien depuis Le goût de la cerise d’Abbas Kiarostami en 1997.

La déclaration du ministre français délégué aux Affaires européennes, Jean-Noël Barrot, saluant « un geste de résistance contre l’oppression du régime iranien», a provoqué l’ire de Téhéran. Le chargé d’affaires français a été convoqué par les autorités iraniennes, qui ont dénoncé des propos « insultants » et des « allégations infondées ».

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a rappelé que « l’art ne doit pas être utilisé pour des objectifs politiques », dans une tentative de désamorcer les critiques tout en maintenant une ligne idéologique ferme.

Un message pour la liberté

Dans son discours à Cannes, Jafar Panahi a lancé un vibrant appel : « Mettons de côté tous les problèmes, toutes les différences. Ce qui importe le plus en ce moment, c’est notre pays et la liberté de notre pays. » Des mots simples, mais lourds de sens, dans un pays où l’expression artistique reste étroitement surveillée…

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