Le Père Noël est une ordure : les incroyables secrets de tournage d’un film devenu culte. (DR)
Le Père Noël est une ordure : les incroyables secrets de tournage d’un film devenu culte. (DR)

Hier soir, France 2 rediffusait Le Père Noël est une ordure. Sans surprise, le film culte a réuni 3,59 millions de téléspectateurs, montrant une nouvelle fois sa popularité auprès des Français. Et pourtant, lorsqu’il est sorti en salles en 1982, le long-métrage emmené par Thierry Lhermitte, Christian Clavier ou encore Anémone, n’avait rien du monument populaire qu’il est devenu aujourd’hui. Comédie grinçante, cruelle, amorale, le film du Splendid choquait autant qu’il amusait. Entre tournage sous tension joyeuse, improvisations mémorables et rejet institutionnel, retour sur les anecdotes savoureuses d’un film culte.

D’abord une pièce, ensuite un film

Avant d’être un film, Le Père Noël est une ordure est une pièce de théâtre créée en 1979 sur la scène du Splendid. Le succès est immédiat. Quand le projet de film se concrétise, les acteurs connaissent déjà leurs textes par cœur, le rythme comique et les réactions du public. Le tournage se déroule donc rapidement, presque en pilote automatique, même si l’énergie du plateau reste explosive.

Un huis clos dicté par le budget et le théâtre

Le film se déroule presque entièrement dans les locaux de SOS Détresse-Amitié. Ce choix n’est pas qu’artistique : le budget est limité, la troupe vient du théâtre et le vaudeville fonctionne mieux en espace clos. Cette contrainte renforce l’absurde, la nervosité et la montée progressive du chaos.

Une scène tournée dans un champ devenu un hôpital

La scène où habite le personnage de Gérard Jugnot a été tournée dans un endroit qui n’avait rien d’urbain. À l’époque, c’était un champ vide, surplombant le périphérique, alors que cet emplacement correspond aujourd’hui à l’hôpital Robert-Debré à Paris. Cette anecdote illustre bien le contraste entre la France des années 1980 et le paysage urbain actuel, ainsi que la débrouillardise de l’équipe pour trouver des lieux de tournage accessibles.

Des fous rires permanents sur le plateau

Malgré leur grande complicité, les membres du Splendid ont été victimes de crises de fou rire incontrôlables, notamment lors des scènes avec Zézette, pendant les tirades absurdes de Preskovitch et face aux insultes inventives de Pierre et Thérèse. Certaines prises étaient inutilisables, mais quelques rires étouffés sont restés au montage, renforçant l’authenticité.

Preskovitch : un malaise très réel

Josiane Balasko raconte que son personnage de Preskovitch mettait mal à l’aise l’équipe, perturbait certains figurants et semblait presque réel hors caméra. Son regard fixe, son sérieux extrême et son accent ont parfois fait croire à certains techniciens qu’elle n’était pas dans un rôle.

Les chocolats vraiment immangeables

Les fameux chocolats offerts par Preskovitch étaient volontairement infects et composés de mélanges absurdes. Les grimaces des acteurs étaient entièrement authentiques.

Jean-Marie Poiré, chef d’orchestre permissif

Le réalisateur laissait tourner longtemps, improviser et tenter des idées absurdes. Beaucoup de répliques cultes sont nées directement sur le plateau, sans être prévues à l’écriture. Certaines phrases, comme « C’est cela, oui », n’étaient pas pensées pour devenir cultes mais de simples répliques de remplissage. Le public en décidera autrement.

La RATP a refusé de diffuser les affiches du films

À sa sortie, le film se heurte à un obstacle inattendu. La RATP et d’autres régies d’affichage publiques ont refusé de diffuser les affiches du film. Le titre était jugé trop grossier et considéré comme portant atteinte à une figure enfantine, le Père Noël. Certaines institutions estimaient le titre choquant, irrévérencieux, voire immoral. Cela a entraîné moins de visibilité, une promotion compliquée et certains cinémas ont modifié le titre sur leurs vitrines. Ironie suprême : ce rejet a contribué à forger l’aura provocatrice du film.

Un accueil critique mitigé

À sa sortie, certains critiques dénonçaient un humour vulgaire tandis que d’autres parlaient d’un film méchant et sans morale. Le succès en salles reste modéré. Ce n’est que plus tard, grâce aux rediffusions télévisées, que le film devient un rituel de Noël.

Un anti-film de Noël devenu tradition

Le paradoxe est total : aucun message de générosité, aucun esprit de fête et des personnages égoïstes, lâches et absurdes. Et pourtant, Le Père Noël est une ordure est devenu un incontournable des fêtes, précisément parce qu’il dynamite l’imagerie traditionnelle.

Un film que personne n’imaginait devenir culte

Ni les acteurs, ni le réalisateur, ni les producteurs ne pensaient que le film serait encore diffusé 40 ans plus tard, qu’il deviendrait une référence générationnelle et qu’il entrerait au panthéon de la comédie française. Comme souvent, le culte est né contre l’époque, pas avec elle.

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