À 61 ans, l’actrice française devient la deuxième femme consécutive à présider le jury cannois, un rôle qui célèbre quarante ans d’une carrière traversant toutes les formes de cinéma.
Une icône du 7e art pour guider le palmarès
Le 78e Festival de Cannes s’ouvrira cette année sous la présidence de Juliette Binoche, figure majeure du cinéma mondial. Quarante ans après sa première montée des marches pour Rendez-vous d’André Téchiné, l’actrice revient sur la Croisette dans un costume inédit mais pleinement mérité. Elle succède à Greta Gerwig, réalisatrice de Barbie, faisant d’elle la deuxième femme d’affilée à diriger le jury officiel. Une continuité inédite dans l’histoire du festival, encore largement dominée par les figures masculines.
L’annonce de sa nomination, faite en février dernier, a été accueillie comme une évidence tant la carrière de Juliette Binoche incarne la diversité, l’exigence et l’audace. Oscarisée pour Le Patient anglais (1997), récompensée à Cannes, Berlin et Venise, elle est, avec Julianne Moore, la seule actrice à avoir obtenu des prix dans ces trois grands festivals. « J’en pèse le privilège, la responsabilité et la nécessité absolue d’humilité », a-t-elle écrit sur Instagram, revenant sur son parcours de « jeune actrice incertaine » devenue une référence.
Une carrière marquée par la liberté et l’engagement
Ce rôle honorifique consacre une filmographie foisonnante, construite avec les plus grands réalisateurs du monde : Michael Haneke, Leos Carax, Abbas Kiarostami, Olivier Assayas, Claire Denis ou encore David Cronenberg. Mais au-delà de la virtuosité artistique, Juliette Binoche s’est imposée comme une actrice engagée, libre dans ses choix — y compris celui de refuser à plusieurs reprises des propositions de Steven Spielberg. Elle a toujours défendu un cinéma d’auteur, quitte à sacrifier les sirènes hollywoodiennes.
Juliette Binoche n’est pas seulement une star du grand écran : elle multiplie les projets au théâtre, en danse, en musique, et s’illustre aussi dans des séries. Son goût pour la vérité, la prise de risque, et une certaine gravité dans les rôles nourrissent une trajectoire singulière. Récemment nommée à la présidence de l’Académie européenne du cinéma, elle continue de faire entendre sa voix sur les enjeux climatiques, sociaux et féministes, comme lors de sa mobilisation en faveur du réalisateur iranien Jafar Panahi à Cannes ou à travers la tribune co-signée avec l’astrophysicien Aurélien Barrau sur l’urgence écologique (Le Monde, 2018).
Son parcours, entre cinéma d’auteur et engagements personnels, fait d’elle une figure rare et précieuse. Dans ce rôle de présidente du jury, elle incarne parfaitement l’esprit du Festival de Cannes : celui d’un cinéma libre, exigeant et ouvert sur le monde. Le 24 mai prochain, c’est elle qui dévoilera le nom du film couronné par la Palme d’or 2025. Une décision attendue, portée par une artiste que Cannes a vu naître… et qu’elle aura contribué à élever au rang de légende.