Dans Madeleine Béjart, une femme libre, présenté au théâtre La Luna dans le cadre du Festival Off d’Avignon 2025, Isabelle Andréani incarne avec intensité une figure essentielle et pourtant oubliée de l’histoire du théâtre. Écrit par Pierre-Olivier Scotto et mis en scène par Xavier Lemaire, ce seule-en-scène rend hommage à celle qui fut bien plus qu’une simple actrice dans l’ombre de Molière : une pionnière, une associée, une amante et une femme libre dans une époque qui ne laissait que peu de place à l’émancipation féminine.
Une actrice dans la lumière du Grand Siècle
Dans la chambre de Madeleine, les souvenirs affluent. Une malle, un fauteuil, un buste de Molière : quelques éléments suffisent à faire surgir tout un pan de l’histoire théâtrale du XVIIe siècle. Le texte, précis et fluide, retrace les derniers jours de cette comédienne érudite et passionnée, depuis son apprentissage précoce des lettres jusqu’à sa contribution décisive à la troupe de l’Illustre Théâtre. Comédienne populaire avant l’heure, pédagogue du jeune Jean-Baptiste Poquelin, instigatrice de ses débuts et de ses choix artistiques, elle vit dans ce spectacle une ultime confession, empreinte de lucidité et d’émotion.
Isabelle Andréani livre une performance habitée, aérienne, toujours juste. Drapée d’une robe rouge, elle évolue avec aisance entre les objets de mémoire, dans une mise en scène discrète mais évocatrice de Xavier Lemaire. La comédienne donne voix et corps à une femme à la fois blessée et fière, marquée par la trahison intime de sa fille Armande et de Molière, mais restée fidèle à son amour du théâtre. Par son jeu vibrant, elle restitue la douleur d’une femme repoussée, le désespoir d’une artiste effacée, mais aussi la force d’une bâtisseuse.
Un hommage vibrant à une femme effacée de l’histoire
Avec cette création, l’équipe artistique redonne à Madeleine Béjart la place qu’elle mérite : celle d’une fondatrice du théâtre moderne. Loin de toute reconstitution figée, Madeleine Béjart, une femme libre capte avec grâce ce moment suspendu entre la scène et la mort, où l’actrice se défait de ses attributs pour ne garder que l’essentiel : sa parole, sa mémoire, sa dignité.
Le texte évite l’écueil du didactisme et choisit au contraire une langue vive, dramatique sans lourdeur, portée par un humour discret et une profonde humanité. Il rappelle que derrière chaque « grand homme » se cache souvent une femme effacée, que l’histoire oublie trop facilement.
Présenté jusqu’au 26 juillet à 11h45 au théâtre La Luna (relâche le 18), ce spectacle a conquis le public avignonnais par son émotion et sa rigueur.