Le réalisateur Emmanuel Finkiel livre un drame délicat et intense, porté par Mélanie Thierry, où la guerre devient le théâtre silencieux d’un éveil à la vie.
Un refuge inattendu en pleine tourmente
Avec La Chambre de Mariana, Emmanuel Finkiel poursuit son exploration sensible de la mémoire et de l’intime. Adapté du roman d’Aharon Appelfeld, le film, en salle le 23 avril, s’ancre dans l’Ukraine de 1943. Au cœur de la Seconde Guerre mondiale, une mère juive confie son fils Hugo, âgé de 12 ans, à son amie d’enfance Mariana, une prostituée qui vit et travaille dans une maison close. Pour lui épargner la déportation, elle le cache dans un placard de sa chambre.
C’est depuis cet espace réduit et étouffant, presque hors du temps, que Hugo perçoit le monde. Les bruits, les voix, les éclats de lumière deviennent les seuls indices d’une réalité qui continue sans lui. Dans cet entre-deux, entre protection et isolement, se jouent l’attente, la peur, et aussi les premiers émois d’un enfant qui devient adolescent.
Une œuvre sur le silence, la transmission et la survie
Loin de tout misérabilisme, Emmanuel Finkiel signe un film d’une grande pudeur. La relation entre Mariana et Hugo échappe aux clichés attendus, notamment celui de la “prostituée au grand cœur”. Mélanie Thierry, dans un rôle exigeant, se montre d’une justesse rare, mêlant fermeté et douceur avec un naturel désarmant. Face à elle, le jeune Artem Kyryk impressionne par sa capacité à incarner ce regard d’enfant pris entre stupeur et découverte.
La mise en scène minimaliste, presque théâtrale, fait du huis clos un terrain d’émotions complexes, renforcé par une photographie tamisée et une direction d’acteurs tout en retenue. Finkiel filme les corps, les silences et les regards avec une grande précision, donnant à voir une guerre intérieure autant qu’un conflit mondial.
La Chambre de Mariana dépasse le simple cadre historique pour devenir un récit universel d’initiation. Il touche à la fois à la violence du monde et à la résilience des êtres. Un film rare, où la mémoire passe par les sensations, et où l’enfance devient, malgré tout, un lieu de renaissance.