Margarethe von Trotta signe avec Ingeborg Bachmann un portrait fidèle et maîtrisé de l’écrivaine autrichienne, figure phare de la littérature d’après-guerre. Un film classique dans sa forme, mais porté par une interprétation habitée de Vicky Krieps.
Un amour contrarié et une liberté farouche
À l’image de ses précédents films consacrés à Hannah Arendt ou Rosa Luxembourg, la réalisatrice allemande s’attache ici à une femme engagée dans sa pensée comme dans sa vie. Poétesse, essayiste et philosophe, Ingeborg Bachmann rencontre à Paris en 1958 le dramaturge suisse Max Frisch. Entre eux, la passion est immédiate, mais vite rattrapée par les tensions, les egos et la solitude nécessaire à la création. Leur relation, aussi fusionnelle qu’éprouvante, les mène de Vienne à Berlin en passant par Le Caire. Dans cette évocation sans éclats inutiles, von Trotta suit avec rigueur le fil d’une trajectoire intellectuelle et amoureuse.
Le film, sobrement mis en scène, s’appuie sur une photographie soignée et une reconstitution élégante, sans jamais chercher l’effet. La réalisatrice choisit la distance et l’observation plutôt que l’émotion appuyée. Une option qui confère au récit une certaine froideur, mais aussi une forme de respect pour son sujet.
Un hommage feutré à une figure majeure de la littérature européenne
C’est surtout dans la prestation de Vicky Krieps que le film trouve sa vibration. L’actrice incarne une Ingeborg Bachmann à la fois forte et vulnérable, déterminée à préserver son indépendance dans un monde intellectuel encore largement dominé par les hommes. Son combat n’est pas frontal, mais constant, glissé dans les silences, les replis, les regards.
Le choix de se concentrer presque exclusivement sur le point de vue de l’écrivaine laisse peu de place au personnage de Max Frisch, relégué au second plan, et dont la propre carrière est peu développée. Ce déséquilibre volontaire inscrit davantage le film dans une démarche de mise en lumière que de confrontation.
Ingeborg Bachmann, en salles ce 7 mai, s’inscrit ainsi comme le dernier chapitre d’un triptyque consacré par von Trotta aux grandes figures féminines européennes. Sans chercher la révolution formelle, le film livre un hommage sobre, rigoureux et sincère à une femme libre et essentielle.