Depuis la mort du Pape François et ses obsèques, qui se sont déroulées samedi, beaucoup de fidèles se replongent dans Conclave, le thriller d’Edward Berger sorti l’an dernier, qui met en scène le processus d’élection du nouveau souverain pontife. Adapté du roman éponyme de Robert Harris, le film, porté par Ralph Fiennes dans le rôle principal, fascine par son approche très fidèle du protocole religieux extrêmement codifié.
D’après Luminate, organisme qui analyse l’audience des contenus en streaming, Conclave a enregistré une augmentation de 283% de ses visionnages après l’annonce de la mort du Pape François.
Pour rappel, le film, récompensé par l’Oscar 2025 du Meilleur scénario adapté, suit le rituel minutieux des cardinaux du monde entier réunis entre le 15e et le 20e jour suivant le décès du pape pour élire son successeur. À travers des scènes tournées entre une reconstitution saisissante de la chapelle Sixtine et la résidence Sainte-Marthe, Conclave dévoile les coulisses d’un huis clos où se mêlent foi, stratégie et tensions humaines.
Les éléments du film fidèles à la réalité
De nombreux experts saluent la grande exactitude historique du film. « J’ai été surpris de voir à quel point les rites du conclave ont été fidèlement reproduits », a confié au Figaro Christophe Dickès, historien du Vatican. Le déroulement des quatre votes quotidiens (deux le matin, deux l’après-midi) est notamment respecté à la lettre, tout comme le quotidien des cardinaux, entre repas, siestes et conversations feutrées.
Pour atteindre ce niveau de précision, l’équipe du film a mené un important travail de documentation. “On nous a offert une visite privée du Vatican, ils ont été très accueillants”, a raconté Peter Straughan, scénariste du long-métrage, au USA Today. “C’était essentiel de rendre l’atmosphère théâtrale du lieu tout en restant fidèle aux détails.”
Ainsi, le processus du conclave est fidèle à la réalité : le film décrit de manière réaliste le rituel du conclave : l’enfermement des cardinaux dans la Chapelle Sixtine, l’obligation de secret absolu, l’usage du vote par bulletins papier, et la fameuse fumée noire ou blanche pour signaler aux fidèles l’échec ou la réussite d’un scrutin. L’organisation matérielle (isolation, dispositifs de contrôle des communications, chapelles privées pour les messes quotidiennes) est également très bien reproduite.
Les enjeux politiques internes sont aussi très réaliste : Conclave met en lumière les luttes d’influence au sein du Collège des cardinaux : des alliances, des ambitions personnelles et des stratégies discrètes, ce qui est historiquement avéré dans l’Église catholique, bien que rarement documenté en temps réel.
Le rôle du Doyen du Collège des cardinaux est aussi fidèle à la réalité : dans le film, le personnage principal, le Cardinal Lomeli, est Doyen du Collège, chargé de superviser le déroulement du conclave, ce qui est exact selon la Constitution Apostolique « Universi Dominici Gregis ».
Enfin, la pression médiatique extérieure concorde elle aussi avec la vraie vie : même si les cardinaux sont coupés du monde, la pression des événements extérieurs (crises géopolitiques, rumeurs) est un élément réaliste. Dans les conclaves contemporains, l’Église est particulièrement consciente du regard du monde.
Les éléments du film qui ne reflètent pas la réalité
Dans Conclave, certaines libertés scénaristiques ont été prises pour renforcer l’intrigue dramatique. Notamment l’apparition d’une femme, venue révéler un secret compromettant sur l’un des cardinaux favoris. Un scénario totalement improbable en réalité, rappelle Bernard Lecomte, spécialiste de la papauté : “Personne d’extérieur ne peut pénétrer dans un conclave. L’isolement total est la règle pour éviter toute influence extérieure.” Dans Conclave, une religieuse, interprétée par Isabella Rossellini, joue un rôle politique influent. En réalité, les religieuses présentes lors d’un conclave assurent des fonctions logistiques et n’interviennent pas dans le processus électoral.
Ensuite, le scénario introduit un cardinal nommé secrètement (in pectore) par le pape défunt, participant au conclave. Cependant, selon les règles de l’Église, un cardinal in pectore ne peut participer au conclave que si sa nomination a été rendue publique avant le décès du pape.
Autre point qui ne reflète pas la réalité : le film met en scène des manœuvres politiques, des scandales et des ambitions personnelles parmi les cardinaux. Des personnalités ecclésiastiques, comme le cardinal Seán Patrick O’Malley, ayant participé à un conclave réel, ont critiqué cette représentation, soulignant que le processus est avant tout spirituel, centré sur la prière et la réflexion.
Autre aspect peu réaliste : le rythme très tendu, digne d’un thriller politique, dramatise fortement la réalité. Le conclave est un processus lent, réfléchi, où les scrutins peuvent durer plusieurs jours sans les tensions spectaculaires montrées dans le film.
Enfin, les interactions entre cardinaux sont elles aussi exagérées : dans la réalité, bien que les cardinaux puissent évidemment parler entre eux, ils évitent des confrontations frontales ou des disputes très visibles, par souci de respect mutuel et pour préserver la dignité du processus. Le film, pour des raisons narratives, exagère certains dialogues et affrontements.
Malgré ces quelques écarts, on peut dire malgré Conclave s’impose comme l’une des représentations les plus crédibles du processus électoral papal, surpassant en réalisme des films comme Les Deux Papes ou Habemus Papam.