Le 5 juin 1921, Georges Feydeau s’éteint à Rueil-Malmaison, emporté à 58 ans par la syphilis. Avec lui disparaît l’un des plus grands auteurs comiques de la scène française. Maître incontesté du vaudeville, il a su capter avec un sens aigu de l’absurde et une mécanique comique implacable les travers de la bourgeoisie de la Belle Époque. Son œuvre, encore très jouée aujourd’hui, incarne une légèreté rieuse qui masque souvent les blessures de l’homme derrière l’artiste.
L’auteur d’un théâtre jubilatoire et cruel
Né à Paris le 8 décembre 1862, Georges Feydeau grandit dans un milieu littéraire et bohème. Fils de l’écrivain Ernest Feydeau, il est très tôt attiré par la scène. À 19 ans, il fait jouer sa première pièce, Par la fenêtre. Mais c’est en 1886, avec Tailleur pour dames, qu’il trouve sa voix : celle d’un théâtre de situations burlesques, de quiproquos et de portes qui claquent.
Feydeau devient vite le maître du vaudeville, ce genre léger qui repose sur l’enchevêtrement des malentendus, les maris trompés et les amants paniqués. Mais sous l’apparente frivolité de ses comédies – Un fil à la patte, Le Dindon, La Dame de chez Maxim, La Puce à l’oreille – se cache une critique acerbe de la société bourgeoise, souvent ridicule, hypocrite ou grotesque.
L’élégance de ses dialogues, la précision de ses situations et la vivacité de son rythme en font l’un des auteurs les plus joués de son temps, puis l’un des plus redécouverts du XXe siècle.
Une fin tragique pour un homme tourmenté
Derrière le dramaturge à succès se cache un homme complexe. Noctambule mélancolique, amateur de jeux, parfois cocaïnomane, Feydeau mène une vie agitée. Son mariage avec Marie-Anne Carolus-Duran, fille du célèbre peintre, se délite, et leur séparation en 1909 marque le début de son isolement. Il vit alors dans une chambre d’hôtel près de la gare Saint-Lazare, où il écrit ses dernières pièces, plus sombres et plus mordantes.
Ses dernières œuvres, comme On purge bébé (1910) ou Mais n’te promène donc pas toute nue ! (1911), marquent un tournant : le vaudeville cède la place à une satire plus directe, plus cruelle, qui annonce le théâtre de boulevard du XXe siècle.
En 1919, atteint de troubles mentaux dus à la syphilis, il est interné dans une maison de santé à Rueil-Malmaison. Il y meurt deux ans plus tard, le 5 juin 1921, à l’âge de 58 ans. Il repose au cimetière de Montmartre, aux côtés de son père.
Georges Feydeau a donné au vaudeville ses lettres de noblesse. Son théâtre, où l’on rit souvent de ce qui dérange, continue de révéler l’éternelle comédie humaine.