Le 12 juin 1606 naît à Rouen Pierre Corneille, celui que la postérité surnommera le « père tranquille de cent héros ». Fondateur du théâtre classique français, il incarne l’esprit du Grand Siècle, celui de Louis XIII et de Louis XIV, du cardinal Richelieu à Jean Racine. Dans ses tragédies comme Le Cid, Cinna ou Polyeucte, il place l’homme face à ses choix moraux, au cœur de ce qu’on appellera bientôt « le dilemme cornélien ».
Un bourgeois de Rouen devenu maître du théâtre
Fils d’un haut magistrat, Corneille se destine d’abord au droit. Mais sa passion pour l’écriture prend vite le dessus. En 1629, sa première comédie, Mélite, rencontre le succès à Paris. Influencé par le théâtre espagnol, il introduit des dialogues vifs et une observation fine des mœurs bourgeoises.
En 1635, il entre dans la Société des Cinq-Auteurs créée par Richelieu. Deux ans plus tard, Le Cid fait sensation : Rodrigue, écartelé entre son amour pour Chimène et le devoir de venger son père, incarne le tiraillement entre passion et honneur. La pièce triomphe, mais déclenche une vive polémique : ses détracteurs l’accusent de plagiat et de ne pas respecter les règles classiques.
Corneille s’en éloigne un temps, avant de revenir avec force : Horace (1640), Cinna (1641), Polyeucte (1642), puis Rodogune ou encore Nicomède imposent son style, fondé sur des héros capables de surmonter leurs passions pour affirmer leur liberté morale.
Gloire, rivalité, et legs littéraire
En 1647, Corneille est élu à l’Académie française, reconnaissance suprême de son talent. Il est soutenu par Mazarin sous la régence d’Anne d’Autriche, et se lie d’amitié avec Molière, qu’il aide à ses débuts. Mais à partir des années 1650, les temps deviennent plus durs.
L’apparition d’un nouveau rival, Jean Racine, change la donne. En 1670, Bérénice, pièce racinienne fondée sur le sentiment amoureux pur, triomphe face à Tite et Bérénice, pièce concurrente de Corneille. Le public penche désormais pour les héros tragiques qui se laissent submerger par leurs émotions, contre ceux qui, chez Corneille, les domptent. Corneille se retire du théâtre en 1674 après Suréna, sa dernière tragédie.
Il meurt à Paris le 1er octobre 1684, dans un relatif oubli. Pourtant, ses pièces, ses vers puissants, et ses héros d’airain entreront dans les manuels et sur les scènes pour les siècles à venir.
L’héritage du « père du héros tragique »
Corneille laisse 32 pièces – comédies, tragi-comédies et surtout tragédies – marquées par une profonde réflexion sur le devoir, l’honneur, la grandeur d’âme. Le héros cornélien devient un modèle d’humanité élevée, fidèle à une morale supérieure. L’expression «