KABOUL – Une vague sans précédent d’Afghans est refoulée d’Iran depuis plusieurs semaines, selon les Nations Unies et des témoignages sur le terrain, alors que Téhéran intensifie une chasse aux « espions étrangers » dans un contexte de tensions croissantes liées aux attaques israéliennes contre son territoire. Les expulsés, souvent arrêtés sans preuves tangibles, affirment avoir été accusés arbitrairement d’activités d’espionnage pour le compte de puissances étrangères.
Les autorités iraniennes ont lancé une vaste campagne de sécurité intérieure depuis une série de frappes imputées à Israël, qui auraient visé des sites sensibles du programme nucléaire iranien. Plusieurs ressortissants afghans présents légalement ou clandestinement sur le sol iranien ont été interpellés, interrogés, puis expulsés dans des conditions qualifiées de « brutales » par des ONG locales et internationales.
À Kaboul, les retours massifs alimentent la crainte d’une crise humanitaire. De nombreux refoulés, arrivant sans ressources ni logement, décrivent des détentions arbitraires, des passages à tabac et des aveux extorqués sous la menace. « Ils m’ont dit que parce que je suis sunnite et que je travaille dans une usine proche d’une base militaire, j’étais suspect. Ils m’ont enfermé cinq jours avant de me jeter à la frontière », témoigne un jeune Afghan depuis Herat, province frontalière de l’Iran.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’est alarmé de cette politique de refoulement massif, soulignant que ces expulsions pourraient « aggraver considérablement la stabilité régionale », déjà mise à mal par la crise économique et sécuritaire en Afghanistan sous domination talibane. Le HCR rappelle que près de 3,5 millions d’Afghans vivent en Iran, dont beaucoup n’ont aucun lien avec des activités politiques ou sécuritaires.
Du côté iranien, les autorités nient toute dérive, affirmant agir uniquement pour « préserver la sécurité nationale face à des menaces extérieures ». Des responsables iraniens ont évoqué l’infiltration présumée d’agents étrangers via la diaspora afghane, sans fournir de preuves publiques à ce jour.
Cette montée de la suspicion ethno-politique en Iran intervient alors que Téhéran tente de resserrer les rangs face à ce qu’il considère comme une intensification de la guerre hybride menée contre la République islamique. Mais pour les milliers de familles afghanes prises en étau entre deux régimes autoritaires, cette crise ne fait qu’ajouter au chaos régional.