L’Inde accélère ses projets hydroélectriques au Cachemire après avoir suspendu le traité de l’Indus
L’Inde accélère ses projets hydroélectriques au Cachemire après avoir suspendu le traité de l’Indus

SRINAGAR – L’Inde a avancé le calendrier de construction de quatre importants projets hydroélectriques au Cachemire, profitant de la suspension unilatérale du traité de l’Indus signé en 1960 avec le Pakistan, selon un document gouvernemental consulté par Reuters et des sources industrielles. Ces projets, d’une capacité combinée de plus de 3 000 mégawatts, sont situés sur la rivière Chenab, dont les eaux sont en grande partie destinées au Pakistan.

Cette décision intervient après une attaque meurtrière survenue le 22 avril dans une station touristique du Cachemire, qui a coûté la vie à 26 personnes. L’Inde a attribué cette attaque à des militants venus du Pakistan, ce que ce dernier a nié. En réponse, New Delhi a multiplié les mesures diplomatiques et économiques à l’encontre d’Islamabad, dont la suspension du traité de l’Indus, pierre angulaire de la coopération bilatérale sur la gestion de l’eau depuis plus de six décennies.

Le gouvernement indien a donné pour instruction d’éliminer les obstacles à l’avancement des projets Pakal Dul, Kiru, Kwar et Ratle, construits par la NHPC, la compagnie publique d’hydroélectricité. Leurs mises en service sont désormais prévues entre 2026 et 2028, contre des délais antérieurs plus éloignés. En parallèle, des travaux de maintenance ont été accélérés pour augmenter la capacité de stockage d’autres barrages existants, réduisant déjà de manière notable le débit en aval vers le Pakistan.

Islamabad, qui dépend du système de l’Indus pour environ 80 % de son irrigation agricole, a vivement réagi. Il a qualifié ces mesures de menace stratégique, avertissant que toute tentative de détournement de l’eau constituerait un « acte de guerre ». Des chiffres fournis par ses autorités indiquent une chute de 90 % du débit de la rivière Chenab à l’ouvrage de tête de Marala entre dimanche et lundi, avant une remontée partielle.

Des tirs d’armes légères ont été rapportés chaque nuit depuis deux semaines le long de la frontière indo-pakistanaise, dans un contexte de tensions croissantes. Islamabad affirme que New Delhi prépare une offensive militaire, tandis que l’Inde reste silencieuse face aux mises en garde de son voisin.

Le traité de l’Indus permet théoriquement à l’Inde de construire des barrages dits « au fil de l’eau » sur les rivières allouées au Pakistan, sans stockage important. Toutefois, Islamabad conteste depuis des années la conception de certaines infrastructures, comme celle du projet Ratle, qui fait déjà l’objet d’un litige devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye.

Dans ce climat tendu, le gouvernement de Narendra Modi ambitionne de lancer sept projets supplémentaires pour une capacité totale de 7 gigawatts, avec un investissement estimé à 400 milliards de roupies (environ 4,7 milliards de dollars). Une démonstration de force énergétique et stratégique, sur fond de rivalité régionale et d’hostilité croissante entre deux puissances nucléaires.

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