Peint à une période charnière de l’histoire monarchique française, ce tableau acquis par l’État pour près de 500 000 euros sera bientôt exposé au château de Versailles.
Un chef-d’œuvre retrouvé, témoin d’une double transition
Dimanche 18 mai, l’État français a exercé son droit de préemption pour acquérir, lors d’une vente publique organisée par la maison Osenat, un portrait historique de Louis XIV enfant aux côtés de sa mère, la régente Anne d’Autriche. Réalisée entre 1644 et 1645 par Charles et Henri Beaubrun, cette huile sur toile de près de deux mètres de haut a été adjugée à 494 000 euros, largement au-dessus de son estimation initiale. Elle rejoindra les murs du château de Versailles, dans les salles consacrées à l’enfance du Roi-Soleil.
Ce tableau capture un moment clé du début de règne de Louis XIV. Le jeune roi y apparaît encore vêtu « à la bavette », dans une robe blanche d’enfant, comme cela se faisait avant l’âge de sept ans. À ses côtés, sa mère porte la tenue de deuil de Louis XIII, son mari défunt. Cette scène incarne une période de transition : la fin du deuil royal et le passage de Louis de l’enfance à la formation monarchique, marquée par son septième anniversaire en septembre 1645. À cette occasion, une cérémonie solennelle fut organisée devant le Parlement de Paris, marquant symboliquement la prise en main du pouvoir royal.
Une acquisition patrimoniale forte de sens
Le geste artistique est aussi politique. Les positions des personnages – la main du jeune roi posée sur celle de sa mère, et celle d’Anne d’Autriche glissée dans le dos de son fils – illustrent une continuité et une confiance entre la régente et le futur souverain. À travers cette composition soigneusement orchestrée, le tableau affirme l’autorité intacte de la monarchie dans une période encore incertaine. Deux ans plus tard, la Fronde allait mettre à mal cette stabilité apparente.
Selon les spécialistes de Versailles, cette œuvre pourrait avoir été commandée pour une grande maison aristocratique ou destinée à une cour étrangère. Elle servait alors d’outil diplomatique autant que de témoignage de fidélité au jeune roi.
Désormais propriété nationale, cette toile rare vient enrichir les collections du château de Versailles, en rappelant les fragilités originelles d’un règne qui allait pourtant devenir l’un des plus emblématiques de l’histoire française.