Après plus de soixante-dix ans d’invisibilité, une toile exceptionnelle de Paul Signac réapparaît sur le marché de l’art. Intitulée Saint-Georges. Couchant (Venise), cette œuvre lumineuse de 1905 sera mise aux enchères le 13 mai 2025 chez Sotheby’s à New York, avec une estimation comprise entre sept et dix millions de dollars. Avant sa vente, le tableau est exposé à Paris jusqu’au 15 avril.
Une vision éblouissante de Venise signée Signac
Peinte lors d’un séjour dans la Sérénissime, Saint-Georges. Couchant (Venise) témoigne du talent de Paul Signac pour capturer la lumière et les couleurs à travers sa technique du divisionnisme. Sur cette toile de 65 x 81 cm, l’artiste livre une représentation flamboyante de la basilique San Giorgio Maggiore, vue depuis la Riva degli Schiavoni, au moment où le soleil embrase l’horizon. Les tons rose, mauve, vert pâle et orangé illuminent la façade et se reflètent dans l’eau, tandis que gondoles et voiliers complètent cette scène empreinte de sérénité.
Cette toile s’inscrit dans une série de vues vénitiennes réalisées par l’artiste entre 1904 et 1908, à la suite de sa découverte émerveillée de la ville. Comme Claude Monet ou Turner avant lui, Signac s’est laissé séduire par la magie de Venise, explorant ses reflets et ses jeux de lumière dans une approche picturale audacieuse. Pour Aurélie Vandevoorde, codirectrice du département art moderne et contemporain de Sotheby’s France, cette œuvre représente « une prouesse technique et une utilisation virtuose de la couleur », à tel point qu’elle la considère comme « l’un des tableaux les plus aboutis du peintre ».
Une œuvre discrète mais prestigieuse
Restée à l’abri des regards dans une collection privée française depuis 1953, la toile possède un pedigree prestigieux. Elle a d’abord appartenu au peintre et mécène Gustave Fayet, puis au collectionneur René Aubry, avant de rejoindre la collection du docteur Maurice Girardin. Ce dernier, alors jeune soldat en permission durant la Première Guerre mondiale, l’avait acquise chez le galeriste Druet à Paris pour 500 francs, réglés en deux fois. Selon ses propres mots, ce tableau fut « son tout premier achat artistique ».
Le tableau était conservé dans la famille depuis la dispersion de la collection Girardin au début des années 1950. Il est aujourd’hui présenté à Sotheby’s Paris pour une exposition exceptionnelle avant d’être proposé aux enchères dans la section impressionniste et moderne de la vente new-yorkaise.
Avec cette œuvre, Sotheby’s met en lumière un pan méconnu de l’œuvre de Signac et s’adresse aux collectionneurs sensibles à la puissance expressive du pointillisme, à la beauté de Venise, mais aussi à l’histoire singulière des œuvres transmises avec discrétion au fil des générations.