Tarō Okamoto au musée du Quai Branly : un avant-gardiste japonais à (re)découvriR
Tarō Okamoto au musée du Quai Branly

Le musée du Quai Branly consacre une exposition singulière à Tarō Okamoto, figure incontournable de l’avant-garde japonaise du XXe siècle, mais encore trop méconnue en France. Intitulée Tarō Okamoto. Un Japon réinventé, l’exposition se tient à l’Atelier Martine Aublet du 15 avril au 7 septembre 2025, et explore les liens profonds de l’artiste avec la France, ainsi que son influence durable sur l’art moderne japonais.

Entre Paris et Tokyo, un parcours visionnaire

Peintre, sculpteur, écrivain et ethnologue, Tarō Okamoto (1911-1996) a mené une carrière aux multiples facettes. Installé à Paris dès 1930, il intègre à la fin de la décennie le laboratoire d’ethnologie du musée de l’Homme où il se forme auprès de figures intellectuelles majeures comme Marcel Mauss et Paul Rivet. C’est également à cette époque qu’il se rapproche des cercles surréalistes, notamment de Georges Bataille, dont il rejoint la société secrète Acéphale.

De retour au Japon en 1940, après une décennie formatrice en France, Okamoto devient l’un des principaux porte-drapeaux de l’avant-garde dans un pays en reconstruction. Il se fait le chantre d’une esthétique radicale, fondée sur la tension entre les extrêmes, un « oppositionnisme » revendiqué qui irrigue toute son œuvre. Son engagement théorique et artistique culmine en 1970 lorsqu’il conçoit la monumentale Tour du Soleil pour l’Exposition universelle d’Osaka, devenue emblème de la modernité artistique nippone.

Un dialogue inédit avec les collections du musée

L’exposition du musée du Quai Branly propose un parcours intime et dense, concentré sur les années 1930 à 1970. Elle réunit une sélection d’œuvres emblématiques, notamment quatre masques réalisés par Okamoto pour l’exposition souterraine Inori à Osaka, une maquette à échelle réduite de sa célèbre Tour du Soleil, ainsi que des documents d’archives rares. Ces pièces sont mises en résonance avec les collections du musée, révélant les influences croisées entre l’artiste et les arts dits “premiers” qu’il étudia en France.

Commissaire de l’exposition, Benoît Buquet insiste sur la volonté de déconstruire une image figée de l’art japonais, en valorisant la pensée complexe et résolument moderne d’Okamoto. L’exposition, modeste par sa taille — environ 170 m² — mais riche en significations, met notamment en lumière l’importance des masques rituels dans son imaginaire, et son attachement aux cultures non occidentales, qui ont profondément nourri sa réflexion sur l’art et la société.

Tarō Okamoto reste, en France, un artiste de l’ombre. Cette exposition se donne pour mission de faire connaître son œuvre et de faire entendre la voix d’un créateur qui, à travers peinture, sculpture, écrits et actions publiques, a contribué à redéfinir la place de l’art dans un Japon en mutation. Une occasion précieuse de découvrir — ou redécouvrir — un artiste total, entre mémoire, rupture et réinvention.

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