Le projet d’Emmanuel Macron de prêter la tapisserie de Bayeux au British Museum n’en finit pas de susciter la polémique. Mise en ligne mi-juillet, une pétition a déjà réuni près de 45 000 signatures. Ses initiateurs dénoncent un « crime patrimonial », estimant que ce chef-d’œuvre du XIᵉ siècle est trop fragile pour supporter un tel déplacement.
Un risque pour une œuvre millénaire
La tapisserie, longue de 70 mètres et brodée sur une toile de lin, raconte la conquête de l’Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant. Conservée au musée de Bayeux, elle est unanimement considérée comme un joyau du patrimoine mondial. Les opposants au prêt rappellent que l’étoffe, âgée de près d’un millénaire, présente une vulnérabilité extrême. Restaurateurs et conservateurs mettent en garde contre les risques de déchirures ou de pertes de matière liés aux manipulations et aux vibrations du transport. Ces inquiétudes ne datent pas d’hier. Dès février 2025, une responsable de la Drac de Normandie estimait publiquement que l’œuvre était « trop fragile pour être déplacée sur une grande distance ». Des avertissements balayés par la décision présidentielle de l’envoyer à Londres pour une exposition prévue de septembre 2026 à juin 2027, en contrepartie du prêt de pièces médiévales issues du trésor de Sutton Hoo.
Un prêt aux motivations diplomatiques
Pour Didier Rykner, directeur de la Tribune de l’Art et initiateur de la pétition, cette décision n’a rien de culturel : « C’est uniquement politique et diplomatique », affirme-t-il, fustigeant un « risque inadmissible » pris au détriment de l’intégrité d’un objet unique. Il dénonce aussi l’opacité autour d’une étude de faisabilité menée en 2022, dont les conclusions restent confidentielles malgré les demandes de communication. Si le gouvernement assure que des expertises ont confirmé la transportabilité de la tapisserie, aucune preuve n’a été rendue publique. En attendant, la mobilisation enfle. Entre arguments patrimoniaux et arrière-pensées diplomatiques, le voyage annoncé de la tapisserie de Bayeux ressemble de plus en plus à une épreuve politique, où l’histoire millénaire de l’œuvre pèse lourd face aux promesses de coopération culturelle.