Odette Pauvert, pionnière du Grand Prix de Rome, redécouverte à La Piscine de Roubaix (picryl)
Odette Pauvert, pionnière du Grand Prix de Rome, redécouverte à La Piscine de Roubaix (picryl)

Disparue des radars depuis des décennies, la peintre Odette Pauvert bénéficie enfin d’une grande rétrospective. Le musée La Piscine de Roubaix met à l’honneur cette artiste injustement oubliée, cent ans après sa victoire historique au Grand Prix de Rome.

Une redécouverte centenaire pour une figure majeure ignorée

Elle fut la première femme à décrocher le Grand Prix de Rome en peinture. Et pourtant, Odette Pauvert (1903-1966) reste largement méconnue du grand public. Un oubli que La Piscine de Roubaix s’attache à réparer avec l’exposition “Odette Pauvert – La peinture pour ambition au temps de l’Art déco”, visible jusqu’au 11 janvier 2026. Organisée à l’occasion du centenaire de cette consécration inédite, la rétrospective réunit une centaine d’œuvres, issues de collections publiques, privées et familiales, pour retracer le parcours riche et singulier de cette artiste ambitieuse, trop longtemps reléguée à la marge de l’histoire de l’art.

Née dans une famille d’artistes du quartier Montparnasse, Odette Pauvert se forme très tôt à la peinture. En 1925, à seulement 22 ans, elle entre dans l’histoire en remportant le Grand Prix de Rome dans une catégorie jusqu’alors réservée aux hommes. Ce prix lui ouvre les portes de la Villa Médicis à Rome, où elle résidera plus de trois ans. Inspirée par les maîtres du Quattrocento, elle développe un style figuratif expressif, à la fois classique et personnel. Elle y peint notamment La Dernière Visite du Poverello à sainte Claire, une fresque ambitieuse qui témoigne de sa volonté de s’imposer dans la grande peinture décorative.

Mais cette trajectoire prometteuse se heurte à plusieurs freins. Après son mariage en 1937 et la naissance de ses trois enfants, Odette Pauvert se consacre davantage à sa famille. La guerre, puis l’émergence des avant-gardes abstraites, relèguent ses œuvres figuratives dans l’ombre. Elle continue pourtant à peindre, multipliant portraits sensibles, paysages espagnols et scènes domestiques. Son œuvre, marquée par une attention aiguë aux visages et aux émotions, révèle une peintre de l’intime, au regard profondément humain.

Une exposition pour réparer l’oubli

Cette redécouverte doit beaucoup au travail d’Adèle Taillefait, commissaire de l’exposition, qui restitue le souffle et la cohérence d’une œuvre injustement effacée. Dès les premiers autoportraits exposés, la personnalité affirmée de l’artiste transparaît : une femme libre, sérieuse, consciente des enjeux de visibilité dans un monde d’hommes. « Elle avait déjà le sens de l’image et de la représentation de soi, bien avant l’ère du marketing personnel », souligne la commissaire.

Le parcours de l’exposition met en lumière les différentes périodes de sa vie : les années bretonnes marquées par des paysages aux accents mystiques, la période romaine inspirée par la Renaissance italienne, les portraits espagnols réalisés lors de sa résidence à Madrid, jusqu’aux scènes familiales et mélancoliques de l’après-guerre. L’exposition permet aussi de poser un regard critique sur la place des femmes dans l’enseignement artistique du début du XXe siècle, à travers le parcours exceptionnel mais isolé d’Odette Pauvert.

À travers cette rétrospective, La Piscine de Roubaix poursuit son engagement en faveur de la visibilité des femmes artistes, souvent absentes des collections et des récits historiques. Selon sa directrice Hélène Duret, les artistes femmes ne représentent encore que 7 % des collections nationales, contre 12 % au sein du musée roubaisien. Ce travail de mémoire, salué par les visiteurs comme par les spécialistes, pourrait bien faire d’Odette Pauvert l’une des grandes redécouvertes de la scène artistique française.

Que retenir rapidement ?

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