Le Grand Palais accueille jusqu’au 4 janvier 2026 une exposition inédite consacrée au couple d’artistes Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, à travers la figure essentielle – mais souvent méconnue – du conservateur suédois Pontus Hulten. Cette rétrospective retrace une relation faite de complicité, de liberté artistique et d’utopies concrétisées, portée par une même ambition : rendre l’art vivant, accessible et joyeux.
Un conservateur visionnaire au cœur d’une collaboration hors normes
Pontus Hulten, premier directeur du Centre Pompidou à son ouverture en 1977, est bien plus qu’un simple soutien institutionnel. Dès les années 1960, il repère et encourage les expérimentations de Jean Tinguely, puis de Niki de Saint Phalle, et devient un partenaire actif de leurs projets les plus audacieux. Leur première collaboration majeure remonte à l’exposition Le Mouvement dans l’art (1961), co-produite avec le Moderna Museet à Stockholm, où Hulten bouscule les codes muséographiques classiques.
Son rôle dépasse largement celui du commissaire : il donne carte blanche aux artistes, leur offre des espaces et les incite à faire de leurs idées les plus démesurées des réalités. Parmi les exemples les plus marquants, l’œuvre Hon (1966) – une Nana monumentale que le public pouvait visiter de l’intérieur – ou encore le Crocrodrome de Zig et Puce, gigantesque installation collective imaginée pour l’ouverture du Centre Pompidou en 1977. Ces créations incarnent la vision partagée d’un musée non sacralisé, fait de mouvements, de sons, de surprises.
Un art de l’intime, de la machine et du jeu
En mettant en regard les œuvres des deux artistes, l’exposition explore l’évolution de leur dialogue artistique. Les machines grinçantes et mobiles de Tinguely côtoient les sculptures explosives et colorées de Saint Phalle. Le contraste entre leurs univers respectifs – mécanique et brut pour lui, fantasque et frontal pour elle – révèle en réalité une complémentarité fertile. Au fil des années, leurs démarches se nourrissent l’une de l’autre, fusionnant jusqu’à créer un langage commun : celui d’un art participatif, libre, parfois chaotique mais profondément ancré dans le présent.
La scénographie immersive rend hommage à cet esprit. Certaines œuvres s’activent soudainement au passage du visiteur, des extraits sonores envahissent les salles, et des documents d’archives – lettres, photos, croquis – reconstituent le laboratoire intime de leur création. L’exposition prend soin de mettre en lumière ce qui est souvent invisible dans les musées : le processus, les doutes, les essais, les complicités. Comme le souligne la commissaire Sophie Duplaix, citée par franceinfo Culture, « une œuvre n’est pas seulement ce qui est accroché au mur, c’est tout ce qui la précède ».
À travers cette exposition coproduite par le Centre Pompidou et le GrandPalaisRmn, c’est donc une manière d’articuler art et amitié, passion et institution, qui est mise en lumière. Et un rappel précieux : l’histoire de l’art ne se fait pas seulement de chefs-d’œuvre, mais aussi de rencontres humaines décisives.