Ludmila Pagliero, une étoile salue pour la dernière fois au Palais Garnier
Ludmila Pagliero

Vingt-deux ans après son arrivée à l’Opéra de Paris, la danseuse étoile Ludmila Pagliero a tiré sa révérence dans une salle Garnier debout, bouleversée par la grâce d’un dernier salut. Le 17 avril, dans Appartement de Mats Ek, la ballerine argentine a signé la fin d’un chapitre riche en émotions et en exigence, marquant de son empreinte singulière l’histoire de la danse contemporaine et classique.

Cette dernière apparition clôt un parcours initié bien plus tôt que sa nomination tardive. Formée à Buenos Aires, passée par Santiago du Chili, Ludmila Pagliero rejoint le Ballet de l’Opéra de Paris en 2003 par la voie du concours externe, sans avoir franchi les portes de l’école de Nanterre. Elle incarne dès lors un tournant dans l’ouverture de la compagnie, qu’elle gravira étape par étape jusqu’au sommet, après avoir sauvé en urgence une représentation de La Bayadère. Sa nomination, saluée par Brigitte Lefèvre, marquera un tournant dans sa visibilité auprès du public, d’abord discret, puis conquis.

Une carrière bâtie sur la persévérance, l’intelligence et l’émotion

Des grands classiques comme Don Quichotte, La Sylphide, Oneguine ou Paquita, aux pièces contemporaines de Mats Ek, William Forsythe ou Crystal Pite, Ludmila Pagliero s’est illustrée par sa polyvalence, son sérieux et une technique irréprochable. Si elle n’a jamais cherché à s’imposer par l’esbroufe, elle a conquis, pas à pas, le respect du public, devenant une figure discrète mais essentielle de l’institution.

Ces dernières années, des blessures répétées et la réflexion entamée pendant la pandémie de Covid ont nourri sa décision. À 41 ans, elle a préféré écouter son instinct et raccrocher les pointes un peu avant l’âge légal de la retraite fixé à 42 ans pour les danseurs du corps de ballet. Dans une interview accordée à France Télévisions en 2024, elle confiait son envie de transmettre et son intérêt pour un futur rôle de direction dans le monde culturel, soutenue par une formation en gestion déjà entamée.

Son dernier geste chorégraphique aura été un pas de deux inattendu… avec un bidet, accessoire central de Appartement, où elle a rangé ses bouquets, clin d’œil touchant à la poésie décalée de Mats Ek. Un geste à son image : drôle, inattendu et émouvant.

À l’issue de la représentation, des applaudissements nourris, des drapeaux argentins et des baisers lancés à sa famille ont accompagné son départ. Derrière les projecteurs, Ludmila Pagliero s’éclipse en douceur, laissant derrière elle une étoile durable dans le ciel du Palais Garnier.

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